LA NOTION DE COLLECTIF - MARS 2008

Le collectif est un mode d’organisation privilgi au sein des espaces-projets regroups au sein de l’association ARTfactories/Autre(s)pARTs. Mais son application demeure difficile, rvlatrice en cela de certaines ralits auxquelles les projets et les individus sont confronts.


►SYNTHSE COURTE

Exprimentations
La notion de collectif comporte une part d’exprimentation, aussi bien dans l’organisation du travail en interne que dans l’invention de formes artistiques. Tous les tmoignages montrent que cette notion comporte des applications diffrentes et demeure trs mouvante puisque, par dfinition, le collectif volue en fonction des individus qui le constituent et des projets autour desquels ils se retrouvent. Nanmoins, le pralable et/ou l’horizon de tous ces espaces-projets est la conception, la dcision et la mise en uvre d’actions collectives selon un principe de coopration et de non-hirarchie entre les membres. Prcision : selon les cas, les collectifs reprsents dans cet atelier ont d’abord t constitus soit d’artistes soit d’oprateurs culturels ce qui induit des problmatiques diffrentes et des processus d’identification plus ou moins complexes pour les interlocuteurs extrieurs habitus des fonctionnements plus classiques », en particulier les institutions.

l’origine du collectif
Les motivations qui prsident l’apparition d’un collectif sont multiples. La dfense d’un quipement susceptible de fermer ou d’tre vendu, la ncessit d’organiser l’usage d’espaces importants utiliss par un grand nombre de personnes, la mutualisation de moyens de production sont des raisons empiriques voques par certains. Cependant, le partage de valeurs distingue plus profondment la notion de collectif qui se constitue pour laborer des projets sous-tendus par une vision commune tant au niveau artistique et culturel qu’au niveau politique et social ou en matire d’organisation du travail. Si l’union fait la force, le collectif est d’abord invoqu au nom de l’change, de la diversit, de l’mulation et au final d’un certain renchantement du monde » dont chaque collectif est l’acteur et le tmoin.

Les modes de gouvernance
Les modes de gouvernance sont au centre de tous les collectifs reprsents cet atelier. L’association est le statut juridique d’usage mme si d’autres formes sont envisageables comme la SCIC (Socit Cooprative d’Intrt Collectif). Dans les associations, plusieurs fonctionnements apparaissent. Le conseil d’administration et le bureau peuvent tre fortement impliqus dans les orientations et les dcisions de l’association, ou totalement absents. Les salaris peuvent tre dcisionnaires et se rpartir plus ou moins collectivement la responsabilit des actions, avec un ventail allant du dbat permanent sur le principe d’un homme/une voix jusqu’ une organisation entirement centre sur la personne du directeur ou de la directrice. Dans tous les cas, l’organisation de protocoles (sous la forme de collges par exemple) ou de temps (runions rgulires) favorisant la coopration entre les membres semble essentielle, dfaut d’tre toujours ralise voire mme voulue.

Paradoxes et difficults des collectifs
© Colloque Du patrimoine industriel aux friches culturelles – TNT (Bordeaux) - 2009
L se situe une des nombreuses difficults auxquelles les collectifs sont confronts. L’quilibre entre reconnaissance des individus et primaut du projet collectif dbouche parfois sur la personnalisation d’un unique membre, pour finalement s’apparenter au fonctionnement hirarchique d’une entreprise classique. Cette situation apparat au prtexte (rel ou non) d’une recherche d’efficacit. Souci lgitime lorsqu’une urgence impose une dcision rapide ou pour faire face certaines ralits conomiques. De mme lorsque le nombre de personnes ou la taille du lieu qui les runit devient trop important pour permettre une communication simple et directe. Ou lorsque la gestion courante a pris le dessus sur l’envie d’agir collectivement. C’est pourquoi certains collectifs reprsents durant cet atelier voquent, un moment ou un autre de leur histoire, la ncessit de rinjecter du collectif ». Il s’agit alors de repenser le collectif en imaginant d’autres modalits d’organisation. Par exemple en multipliant et/ou en affinant les temps d’change et de confrontation en interne, notamment sur le sujet des valeurs partages et du sens des projets mis en uvre. Ou en changeant le statut juridique pour s’adapter un contexte (interne mais aussi politique, culturel, socital etc.) qui lui-mme a chang. Et mme une fois ces rorientations effectues, le collectif demeure fondamentalement fragile, en butte la diversit des personnes et des pratiques runies en son sein et qui peuvent au final seulement constater leurs divergences. Reste alors la possibilit de sortir du collectif, au nom de valeurs et d’une identit qu’on refuse de nier. Ou de revendiquer un autre nom !

Sbastien Gazeau
Texte rdig partir des propos tenus Sainte-Foy-Ls-Lyon le 19/03/08 lors de l’atelier de rflexions La notion de collectif »

Quentin Dulieu (Af/Ap)
Coordination des Ateliers de rflexions

Mis à jour le vendredi 5 novembre 2010