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le 8/01/2008

Apaiser nos inquiétudes ? Quelle illusion !

Syndicat National des Arts Vivants
Communiqué du Synavi


COMMUNIQUÉ du SYNAVI (Syndicat National des Arts Vivants)
du 17 décembre 2007






Comment ? En faisant un chèque : 34,8 millions d’euros pour la création et 4,7 millions pour l’enseignement et la formation artistique. Mais d’où vient cette somme de 42 millions d’euros soudainement débloquée ? Et correspond-elle aux besoins de remise à niveau en faveur de la création, des institutions et équipes artistiques, de l’action culturelle ? Qu’en est-il, par exemple, du gel de 13 millions d’euros en 2007, dont 7 millions seulement ont été débloqués ? Comment seront répartis ces 34,8 millions sur l’ensemble des Directions régionales de l’art et de la culture ? Et, une fois la répartition faite, comment, sur les différents secteurs et structures du spectacle vivant, chaque DRAC fléchera-t-elle le montant attribué ?
Ce gouvernement sait jongler avec les chiffres, millions et milliards, nombres d’annonces depuis avril 2007 en témoignent : ristournes et rabais attribués aux plus fortunés, ventes annoncées avec des contrats qui restent à établir sur la dizaine d’années à venir, évaluation de la démocratisation culturelle en termes de taux de remplissage des lieux, substitution de financements publics par des capitaux privés et un hypothétique mécénat, renvois de responsabilités et de charges sur les collectivités territoriales sans aucune compensation financière,… Certes, ces dérives ne sont pas nouvelles, mais elles prennent cette fois une accélération et une détermination sans précédent.

Alors, serions-nous apaisés ? Eh bien non, malheureusement, ça ne va pas être si simple. Il va falloir bien plus, et pas seulement en termes d’argent débloqué dans l’urgence et la précipitation, pour que la confiance mise au plus mal puisse éventuellement retrouver des signes de rétablissement.
Parce qu’enfin, depuis la lettre de mission envoyée par le Président à sa Ministre, depuis les déclarations sur le budget 2008 de la culture et de la communication et les répercussions annoncées, que voyons-nous mis à l’œuvre ?
Une braderie, une vaste mise à l’encan de tout ce qui constitue la création et l’action artistique dans notre pays. Il est vrai que c’est l’ensemble de la production et de la diffusion des biens immatériels et de la pensée, parmi lesquels la recherche scientifique, l’éducation et l’enseignement, le patrimoine, l’architecture, qui est livré aux lois et aux valeurs marchandes. Mais parlons ici de ce qui « nous » et non pas « on » nous atteint et nous détruit très directement :
- Des théâtres sommés de remplir leur salle en répondant « aux attentes du public », comme pour les grandes chaînes de télé à forts taux d’audience, dont on connaît le niveau de respect du public. Des citoyens qui sont d’abord des consommateurs, consommateurs de produits et de pratiques culturelles et artistiques. Des « spectateurs » qui sont dorénavant du « public », public à satisfaire, public à conquérir, public à quantifier, à orienter dans ses choix, ses goûts, ses habitudes, ses « temps de cerveau disponible ».
- La menace permanente de la diminution quand ce n’est pas la disparition des subventions et aides. Il y a encore peu, elles étaient attribuées au titre d’une mission de service public, ce qui était un engagement fort de la collectivité et par là de l’État. Mais l’art et la culture sont-ils encore de l’ordre du service public, y a-il encore une exigence en terme de « collectivité » ? « Travailler plus pour gagner plus » est de l’ordre d’une idéologie de l’individualisme : ce n’est plus la collectivité humaine et son enrichissement (matériel et immatériel) qui est l’objectif, c’est l’argent et la satisfaction individuelle qu’il procure.
- La mise en concurrence des structures et des équipes, leur soumission aux pouvoirs locaux et médiatiques, aux contrôles de l’administration menés sans discernement et avec une volonté de criminalisation de plus en plus affichée.
- Un protocole de l’intermittence, d’une absurdité telle qu’il coûte plus cher à la collectivité et profite d’abord à ceux qui gagnent le plus, mais dont on sait qu’il sera le motif idéal, attendu et préparé par le MEDEF, pour enfin mettre à mal l’ensemble des régimes du chômage basés sur la solidarité.
- La non-prise en compte d’une part importante du travail des artistes, telle l’intervention artistique dans les secteurs les plus divers : la formation et l’accompagnement des amateurs, mais aussi l’éducation nationale, les hôpitaux, les prisons, tous les lieux où l’expression et le développement des personnes sont ou devraient être un enjeu prioritaire.

Sur ces différents points, oui, nous aussi nous attendons des signes. Nous ne pouvons NI les oublier, NI les passer par pertes et profits. Ils sont de l’ordre de notre responsabilité de citoyens et de notre exigence d’artistes, techniciens, professionnels de la culture. Oui, nous disons « présents » à toute proposition de réflexion commune si nous savons qu’elle sera, de part et d’autre, prise réellement et concrètement en considération. Depuis le temps que nous travaillons et réfléchissons les « idées fiables », auxquelles Madame la Ministre appelle, ne manquent pas. Dans cette attente résolue, nous allons nous tenir très vigilants, très mobilisés, avec la sagesse de ne pas nous laisser distraire par l’agitation d’annonces, dont nous vérifierons d’ailleurs méticuleusement si elles sont appliquées et comment.

Pour le SYNAVI – Syndicat national des arts vivants
Claude Bernhardt, président

Le SYNAVI est membre de l’UFISC (Union Fédérale d’Intervention des Structures Culturelles)



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