Ville sensible, partage et fabrication : quels lieux ? - Juin 2012

Les nouveaux modles d’organisation de la ville laissent peu de place aux lieux et aux projets qui travaillent la question de l’espace public. Et quand ils parviennent exister, c’est en employant des mthodes et selon des conceptions parfois trs diffrentes. En confrontant deux expriences radicalement opposes, cet atelier de rflexion a permis d’interroger les modes d’action possibles des acteurs artistiques et culturels dans le contexte ultrasensible de la ville dite crative.


Ville sensible, partage et fabrication : quels lieux ? - Juin 2012

► SYNTHESE COURTE

Villes cratives et dmarches artistiques
La ville crative impose de reconsidrer la notion de sensible et donc les modes d’action des travailleurs du sensible que sont les artistes et les acteurs culturels. Ce modle d’organisation urbaine s’est impos ces 15 dernires annes dans de nombreuses villes d’Europe et d’ailleurs en dfendant le secteur des industries cratives (mode, design, jeux vido, architecture, etc.) comme levier de dveloppement conomique. Le succs de ce modle s’explique de plusieurs manires. Le rgime de l’art, qui depuis plus d’un sicle, tend confondre les crateurs et les spectateurs, se diffuse dsormais dans l’ensemble de la socit et fait le lit de la crativit. Cette notion, incarne par les industries du mme nom auxquelles tout le monde a potentiellement accs, est par ailleurs en passe de supplanter celle d’artistique. Or, il apparat que ce concept de crativit s’appuie sur une idologie marque par des considrations strictement marchandes qui ont tendance normaliser nos rapports sensibles la ville et au monde. Dans ce nouveau contexte culturel et urbain, quels endroits les artistes peuvent-ils intervenir ?

Quels terrains d’action ?
La manire dont le Thtre des Asphodles et Grrrnd Zero tentent d’agir dans l’espace urbain lyonnais a t le point d’appui de cet atelier de rflexion. L’une dans le champ du thtre, l’autre dans celui des musiques exprimentales, ces deux structures revendiquent des places diffrentes dans l’espace urbain. La premire, dirige par Thierry Auzer, cherche s’implanter durablement dans un lieu qu’elle mettrait en partage avec la population, de sorte qu’il s’agirait terme d’un lieu port collectivement, et juridiquement reconnu comme tel. La seconde, prsente par Florian Michel, dfend un activisme anonyme et bnvole susceptible d’inflchir de manire diffuse les usages de l’espace urbain. L’une et l’autre de ces expriences souffrent de situations qui les dpassent. Thierry Auzer a du mal faire reconnatre la dimension collective de sa dmarche ; Grrnd Zero est fragilis par un manque d’incarnation de son action.

Nouveaux territoires sensibles

Tout lieu apparat ds lors dans son ambivalence, et ce d’autant plus qu’il est pris dans un environnement urbain marqu par la prolifration des espaces marchands et le contrle des espaces publics. D’o l’appel lanc par Jules Desgoutte dconstruire la notion mme de lieu afin d’interroger la manire dont on souhaite, par ce biais, prendre un certain pouvoir et modifier les usages de la ville contemporaine. Revenant sur le sort du mouvement Occupy Wall Street, il a ainsi montr que l’occupation d’un lieu ne suffisait plus transformer l’organisation de la ville. Ce qui importe aujourd’hui, c’est peut-tre de rflchir aux conduites du pouvoir tel qu’il s’exerce l’chelle d’une ville mais aussi l’intrieur de ces espaces autres » selon l’expression de Michel Foucault que sont les aventures collectives. Alors, ventuellement, apparatront de nouveaux territoires sensibles.

Sbastien Gazeau
Textes rdigs partir des propos tenus Lyon les 12 et 13 juin 2012 lors de l’atelier intitul Ville sensible, partage et fabrication :
quels lieux ? »


Bahija Kibou (Af/Ap)
Coordination des Ateliers de rflexions


Mis à jour le mercredi 26 février 2014