Se saisir sans dessaisir
Nous savons depuis longtemps que l’art, comme d’autres activits humaines, participe la transformation du monde, parfois sans le vouloir, grce ses spectateurs et leurs histoires, la circulation des uvres et des rcits, mais aussi parfois grce la volont d’artistes de travailler la matire vive de la socit. Nous allons nous arrter sur le travail particulier d’artistes qui ont choisi de mettre en forme des paysages marqus par l’activit industrielle, des rcits d’hommes et de femmes qui voulaient partager leur histoire, ou de travailler l’expression des formes de vie de diffrentes communauts. Ils ont choisi de quitter l’abri de la baleine de Jonas - pour autant que certains aient choisi un moment de s’y rfugier - pour mler leurs corps, leurs mots et leurs lignes au fracas du monde.

Qu’implique ce travail particulier d’artistes qui ont dcid d’un rapport troit avec le monde ? Comment oprer la transformation d’un problme social en question artistique tout en prservant la justesse des moments vcus, des paysages expriments ? Comment saisir, sans dessaisir ?

La visibilit nouvelle, sous des formes nouvelles, que ces artistes donnent certains aspects de la vie, participe t-elle produire du politique ? Il faudrait pour cela nous dit Jacques Rancire, que l’uvre participe produire un autre ordre du monde, que celui polic, qui rgle le partage du sensible contemporain. Les pratiques de l’art ne sont pas des instruments qui fournissent des formes de conscience ou des nergies mobilisatrices au profit d’une politique qui leur serait extrieure. Mais elle ne sortent pas non plus d’elles-mmes pour devenir des formes d’action politique collectives.

Elles contribuent dessiner un paysage nouveau du visible, du dicible et du faisable. Elles forgent contre le consensus d’autres formes de sens commun », des formes d’un sens commun polmique. » (Jacques Rancire, Le spectateur mancip, La fabrique, 2008, p 84.)

L’artiste et le sujet...
Un lien se cre alors entre les artistes, les populations et les territoires investis. Mais comment les artistes entretiennent-ils ces relations qu’ils nouent avec les sujets » dont ils participent traduire l’histoire et le monde ? Sans doute une part du travail politique est-il dans ce rapport travaill au quotidien de la cration, avec comme ambition, l’invention d’un autre rapport, qui instaure un quilibre dans le partage de l’autorit et de la responsabilit sur l’uvre.

Mais une fois la cration acheve, sa diffusion engendre un autre rgime de la reconnaissance, elle devient gnralement l’uvre de l’artiste, comment alors rendre justice aux autres voix ? Que signifie la signature de l’artiste dans ces cas l ? Un droit ? Une rcupration ? Une responsabilit ?

La dcouverte et la mise en perspective de projets artistiques et culturels argentins et franais nous permettra de dbattre de ces questionnements...

À renvoyer à : viesavies@gmail.com



Mis à jour le mardi 19 octobre 2010