Saint-Martin-Le-Vinoux > Peldis > lieu de production artisanale d’images - Lyliane Dos Santos


On pourrait presque trouver le décor adapté à un court-métrage. Ces anciens entrepôts frigorifiques ont été transformés provisoirement (jusqu’en 2004) en ateliers permanents et nommés Peldis, plus personne ne sait pourquoi. A Saint-Martin-le-Vinoux, à la périphérie de Grenoble (Isère), entre l’autoroute et la belle demeure néo-orientale de la Casamaures, le Peldis développe en tout cas une approche particulière de l’image qui réunit quatre associations : Cinex, MTK, le Passage et les Ateliers d’octobre. Toutes traitent de l’image, de la lumière, du film selon une approche expérimentale, résolument indépendante.

L’association " Le Passage " centre ses activités sur la vidéo numérique, la photographie et la création d’un site conçu comme un objet artistique. Gilles Buyle-Bodin, son responsable, souhaite à l’avenir développer la pédagogie dans le domaine de la photographie et de la vidéo numérique.

L’une des dernières créations de MTK, Mody Bleach, est une séquence du film hollywoodien Moby Dick trituré dans ses ateliers par Christophe Auger, Etienne Caire, Gaëlle Rouart et Xavier Quérel. Une performance film/musique sélectionnée au côté de trois autres projets (Last of Ride - Tokyo, FAG/Ultra - Prague et El Tractor - Québec) pour participer au Festival international de films vidéos et nouveaux médias de Windsor (Canada).

Hébergée à ses débuts au 102 (rue d’Alembert à Grenoble), l’association MTK réunissait plus de cent cinquante personnes pour travailler sur une production de A à Z. Beaucoup de producteurs ont saisi l’occasion d’utiliser l’outil à peu de frais. Cette vision mercantile de la production de films ne correspond pas à l’esprit des protagonistes qui veulent que le lieu soit avant tout un lieu d’échanges artistiques qui transforment les idées, ouvrent des perspectives, favorisent la recherche et les croisements autour de l’image et des arts. Chaque projet est alors quelque chose de modulable et peut se transformer en cours de route.

Ici, on prend le temps de créer

A Peldis, le cinéma est surtout expérimental dans son processus de fabrication. Ici, on prend le temps de créer, de révéler les pellicules, de traiter l’image. Les modes de création ont à voir avec les arts plastiques. A ce titre, on préfère le terme de " cinéma artisanal ". Le peu d’aide financière a néanmoins permis à cinq groupes composés de plasticiens, musiciens ou performeurs de réaliser des films. Une équipe aujourd’hui réduite autour de dix cinéastes fidélise le lieu. L’idée n’étant pas d’ouvrir à tous et à tout, mais au contraire de garder une ligne précise. Les projets qui abondent dans le lieu naissent de rencontres préalables. Ils sont l’addition de personnalités et d’idées. Ce qui permet de garder une cohérence et aux protagonistes de travailler sur leurs propres films.

" Une dizaine de laboratoires existent en Europe, dont ceux de Turin, Genève, Paris, Strasbourg… tous selon des angles d’attaque différents et plus ou moins tournés sur la diffusion, l’itinérance, le travail collectif ". Cependant, Gaëlle et Etienne, deux piliers de MTK, ne sont pas dupes : " Il n’y a pas un seul format de film. La démarche créative ne se commandant pas, les personnes, qu’elles soient en réseau ou hors réseaux, produiront toujours. Les collaborations ne découlent pas toujours d’une dynamique de réseau ". La principale difficulté porte sur l’information des publics et les conditions de diffusion de ces films. Le 102 reste pour MTK le principal lieu de présentation des œuvres qui y sont créées. Même les réseaux de films d’art et essai ne sont pas ouverts aux particularités. Sans visa d’exploitation, un film ne peut être diffusé. D’autres circuits sont utilisés comme les salles de concert, mais ils restent trop confidentiels.

" Un film ne s’achète pas comme une œuvre d’art, il doit rester échangeable. Il ne faudrait pas que l’on tombe dans la muséification du cinéma expérimental. Il doit rester vivant ". Pas de volonté de professionnalisation, pas de lourdeur dans le fonctionnement, l’esprit du 102 rejaillit encore, fidèle à ce principe posé il y a vingt ans. La mise à disposition du lieu par la mairie facilite cette liberté de création : " en nous permettant de nous consacrer aux projets sans avoir à dépenser notre énergie à la gestion interne d’un équipement ".

Lyliane Dos Santos


Cinex : " Faites de la lumière "

Développer la culture cinématographique dans la communauté urbaine grenobloise, tel est l’axe de travail de l’atelier artisanal du cinéma excentrique (Cinex). Il s’agit à la fois de faciliter l’existence d’une création cinématographique décentralisée et de développer des ateliers et des actions de sensibilisation à l’image.

Face à l’ampleur de la tâche et parmi les nombreuses activités développées, une opération de diffusion intitulée " Faites de la lumière " se déroule rituellement depuis 1998, le 15 juin. Elle illumine de plus en plus de villes en Europe et outre-Atlantique, pourvu que dès la tombée de la nuit, des habitants, artistes, passants activent leur complicité pour transformer un quartier ou une façade en espace d’art visuel.

Ombres ou lumières, l’idée est simple et consiste à utiliser toute surface possible comme lieu de projection (fenêtre, vitrine, façade, trottoir, lac, pelouse…) et à transformer provisoirement ces supports urbains par l’image projetée (fixe ou animée, muette ou sonore, classique ou expérimentale). Depuis quatre ans, de plus en plus de participants (habitants, enfants, artistes) font preuve d’imagination et organisent un concours de fenêtres illuminées, sortent leurs vieux films de famille, projettent des ombres chinoises… et surtout créent un moment de convivialité rapprochée.

Une réussite qui s’explique par la grande souplesse de participation, selon les moyens et les envies de chacun. La Fédération de la lumière regroupe toutes ces initiatives, via le site " faitesdelalumiere.net " qui sert toute l’année d’espace d’échanges autour de cet événement.

Mis à jour le mercredi 26 mars 2003