Saint-Alban-les-Eaux > Les Sources > aux "sources" d’une dynamique à inventer - Françoise Kayser


A une dizaine de kilomètres de Roanne (Loire), Saint-Alban-les-Eaux est un authentique village de la côte du Forez qui a su conserver l’esprit des lieux en toute simplicité : juste quelques rues, une église, et, en contrebas, un beau parc et des sources. Les gens des environs viennent toujours volontiers puiser les eaux ferrugineuses et légèrement gazéifiées de Saint-Alban. Le village s’est développé autour de la station thermale, très célèbre jusqu’au début du XXe siècle. Pour avoir une idée de l’agitation qui pouvait régner, il s’en réfère, non sans fierté, à madame de Sévigné : la célèbre marquise relate en effet dans sa correspondance comment elle fuit les mondanités d’ici pour aller se reposer dans une station plus tranquille… Vichy ! Depuis le Grand Siècle, Saint-Alban-les-Eaux s’est gentiment assoupi sur ses lauriers d’antan. Le projet de l’association " Les Sources " va-t-il en réveiller les charmes ? Il paraît en tout cas en capacité d’insuffler une nouvelle dimension culturelle à l’ensemble de la région roannaise.

Une ancienne station thermale

En contrebas du bourg, au bout d’une belle promenade bordée de grands platanes, un bâtiment disposé en fer à cheval est en train d’être rénové. C’est l’ancienne usine d’embouteillage : soit 5.000 m2. Tout le gros œuvre a été pris en charge par des partenaires privés : la Société des eaux de Saint-Alban fait là un bel acte de mécénat en offrant de surcroît à l’association " Les Sources " une occupation à titre gracieux pour cinq ans. Déjà, la partie la plus accessible depuis la promenade - les anciennes cabines de bain disposées autour d’un atrium - offre au regard un aspect pimpant : volets bleu ciel sous les arcades de la façade fraîchement repeinte en blanc crème. A quelques mètres de là, un bulldozer s’active pour damer un parc de stationnement qui n’empiètera plus sur la promenade, rendue ainsi aux piétons depuis l’été 2002. La municipalité de Saint-Alban-les-Eaux, consciente des enjeux, participe de cette manière à l’aménagement des abords afin de redonner au site la quiétude qui lui sied et permettre une meilleure accessibilité pour tous. Divers travaux de voirie et d’aménagements extérieurs se font dans la concertation avec les partenaires du projet culturel et les propriétaires. Tous se retrouvent régulièrement au conseil d’administration de l’association.

Le dimanche, avec ou sans animations, les familles aiment à déambuler sous les arbres et à s’aventurer dans le parc attenant, dont une partie avait été aménagée sous forme de jardin anglais au siècle dernier. L’été 2002, ces mêmes promeneurs auront peut-être eu l’agréable surprise de faire halte à la buvette gérée par l’association " Les Sources " : une chapelle désaffectée est en cours de transformation complète. L’autel a fait place à une petite scène pour des concerts d’après-midi. Cette activité est encore embryonnaire, reconnaissent les initiateurs du projet : " Pour l’heure, tout est à faire ", résument Cyrile Meilheurat, marionnettiste et chargé des affaires culturelles à Riorges, près de Roanne, et Jean-Pierre Collier, tailleur de pierre. Ce dernier a installé son atelier sur place, et met son savoir-faire au service de la restauration des lieux, ce qui n’est pas une mince affaire.

D’autres espaces ont été mis à disposition d’artistes de la région. Un sculpteur occupe actuellement une partie de l’ancienne distillerie où trônent encore, à côté des moulages, des vestiges du temps de la fabrication de boissons alcoolisées (la limonade et les eaux ne satisfaisant pas tous les estomacs) : collections d’étiquettes, cuvages, affiches anciennes.

Projets théâtraux et stocks de bouteilles

A l’autre bout du bâtiment, un décorateur qui travaille entre Lyon et la Saône-et-Loire, via Saint-Alban-les-Eaux donc, a entreposé des accessoires. C’est ici qu’il conçoit ses futurs projets théâtraux, au milieu d’un gigantesque stock de bouteilles en dépôt. L’immensité des lieux et les potentialités offertes par la multiplicité des espaces laissent rêveur : un ancien quai de déchargement peut faire office de scène ; des expositions d’art contemporain ou de sculpture trouveraient ici un espace à leur démesure ; et il y aurait encore de la place pour des ateliers de formation, des studios. Quant à l’atrium et ses bains, ils pourraient devenir boutiques, loges, cabines de son, pièces à vivre… " De plus ", remarque Cyrile Meilheurat, " d’un point de vue touristique, l’attrait du site est loin d’être négligeable ". Depuis le parc qui entoure l’ancienne station thermale, et que Cyrile rêve de soumettre à des projets paysagistes, s’esquissent les implications d’un développement où culture et nature se conjugueraient pour le meilleur : des randonnées jusqu’à la découverte approfondie de ce petit coin de France méconnu, la Côte roannaise.

Jusqu’à présent, l’association " Les Sources " a vécu aussi souterrainement que ses eaux… Les travaux de réfection et d’étude de faisabilité ont absorbé presque entièrement son énergie. En 2001, une salle de plain-pied a bien été ouverte au public lors de quelques soirées : il y a eu du " jazz manouche ", une soirée contes, du café-théâtre. Le succès a été immédiat, et l’association a dû refuser du monde.

L’été 2002 a marqué le début d’une activité plus soutenue : " une deuxième saison-test ", en lien avec de premiers partenaires, dont la FOL (Fédération des œuvres laïques), et des artistes en résidence. Un collectif d’anciens élèves de l’ENSATT (Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, désormais à Lyon) prépare un spectacle, une autre compagnie a pris le relais de la résidence en septembre. " Cela permet de tester de nouveaux espaces scéniques ", remarque Cyrile Meilheurat, qui veut d’abord " établir un calendrier des travaux et des résidences ; mettre en avant l’outil de travail pour attirer les propositions régionales ; et aussi solliciter les collectivités du département et le partenariat privé ".

Ne pas mettre la charrue avant les bœufs

En bref : ne pas mettre la charrue avant les bœufs, construire le projet sur les bases de l’existant avec une volonté affirmée, celle de garder l’esprit des lieux tout en s’ouvrant sur différentes formes artistiques et culturelles, au sens large. " On ne va pas se priver de faire un symposium de sculpture et d’organiser en même temps un bal-musette " résume Jean-Pierre Collier. L’association " Les Sources " nous réserve, on l’espère, de belles surprises. De celles qui naissent d’une dynamique à l’œuvre autour du spectacle vivant, dans un site plein de charme.

Françoise Kayser

Mis à jour le mercredi 26 mars 2003