Point de vue 4 : Vigilance démocratique… - Mars 2011

Dans cet éditorial Quentin Dulieu évoque les révolutions arabes et souligne la nécessité de donner une dimension politiques aux enjeux sociaux et culturels.

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©Avignon - 2006Alors que les révoltes fleurissent dans les pays arabes et que ces mouvements ont réussi à ne pas limiter leurs revendications aux aspects sociaux mais à leur donner une dimension politique, une vague de renfermement submerge l’Europe. Il nous faut rester vigilant et nous interroger sur le fonctionnement de nos démocraties car de nombreuses politiques ont tendance à réduire les interstices de liberté, à tendre vers un nationalisme nauséabond et des politiques de communication « Bling Bling ».

Au vu des politiques culturelles, nous le ressentons grandement. Il y a une hostilité envers les artistes, les budgets destinés aux arts et à la culture baisse ou stagne que ce soit en Espagne, en Italie, en France, en Belgique, au Royaume-Unis, aux Pays-Bas… Les budgets culturels se délitent sous prétextes qu’ils ne sont pas productifs, qu’ils ne servent à rien, qu’il y a la crise… Et les premiers à trinquer sont les projets culturels indépendants, ceux qui ne sont pas marqués du seau officiel de l’État ! En France, les lieux non labélisés sont de moins en moins soutenus par le Ministère de la Culture, parallèlement les collectivités territoriales ont tendance à stabiliser leurs aides ou pire, à les diminuer et les mécènes sont toujours absents au rendez-vous.

Derrière chaque espaces-projets indépendants, ce sont des projets très variées qui naissent et se développent, ce sont de nombreux artistes et collectifs qui y travaillent ou qui en bénéficient (prêt de matériel, accueil, coproduction, diffusion, accompagnement…) et qui inventent une manière plus interactive et plus symétrique d’envisager les rapports entre l’art, les populations et leur territoires de vie (Cf Étude de P. Henry). Ces espaces-projets indépendants répondent à une mission de service public tout en étant issu de la société civile. En se désengageant de ces expériences artistiques et culturelles, les pouvoirs publics abandonnent donc tout un pan de l’action culturelle qui risque d’être anéanties avec de multiples effets indirects sur un très long terme…

Comme dans les pays arabes, il est peut-être temps que nous donnions une dimension politique aux enjeux sociaux et que nous réinterrogions le fonctionnement de nos démocraties et les marges de libertés que nous avons…

Quentin Dulieu
Coordinateur d’ARTfactories/Autre(s)pARTs

Mis à jour le mercredi 29 juin 2011