Nomination de Tibor Navracsics

Suite à la nomination de Tibor Navracsics au poste de commissaire à la Culture, Jules Desgoutte, membre du collectif ABI/ABO (Friche Larmartine, Lyon), nous livre son point de vue. Dans ce contexte, Artfactories/Autre(s)pARTs vous propose de lire et de signer de toute urgence la pétition en ligne.

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PÉTITION EN LIGNE - DE QUOI LA NOMINATION DE TIBOR NAVRACSICS EST-ELLE LE NOM ?

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Depuis longtemps déjà, l’Europe de la Culture est pour demain. Avec la nomination de Tibor Navracsics au poste de commissaire à la Culture, faut-il comprendre qu’elle est désormais pour après-demain ?

A vrai dire, la vie culturelle européenne n’a pas attendu ce lendemain des politiques culturelles : elle réalise au quotidien dans les rues de nos villes ce que l’Europe économique s’est révélée impuissante à faire, le dialogue des peuples et des populations, des cultures et des pratiques. L’emblème de ce chemin de la construction européenne par la rue, c’est le Berlin de la réunification : nous en sommes tous les enfants. Expérimentations artistiques, culturelles et sociales.

Gageons que ceux là même qui réalisent en acte le tissage intra-communautaire susceptible de constituer quelque chose comme un peuple européen devraient être soutenus par les héritiers des pères fondateurs de l’idée européenne ; devraient être soutenus à la hauteur de cette ambition fondatrice qu’ils ont fait leurs ! Pourtant ces acteurs souffrent l’abandon des politiques publiques nationales, étant les minoritaires de la ’Culture’ : en effet, leur récit de la culture, s’il est porteur de modernité, ne rencontre pas le récit canonique que l’Etat-Nation en fait : un discours de l’origine, sur lequel le récit national se fonde. "Nos ancêtres les Gaulois", pour faire court. Ce récit, quoiqu’obsolète, persiste dans les formes de l’institution, d’une manière dangereuse car elle autorise et soutient aujourd’hui un nouveau racisme dont l’Europe s’emplit peu à peu : le racisme culturel, dont la confusion s’autorise de cette vieille idée de la Culture comme un système inclusif, un ensemble, une identité culturelle. Il n’est pas pire ennemi de la construction européenne que ce nouveau repli identitaire. Il est donc curieux, en ces temps d’eurosceptiscisme, le signal envoyé par l’institution européenne elle-même, qui décide d’en nommer l’un des parfumeurs commissaire à la culture, précisément.

Probablement une nomination par défaut, direz-vous, pour éviter de lui confier un portefeuille plus important ? Qu’est-ce à dire ? Si l’Europe culturelle est ainsi remise à après-demain, le demain qui la précède, à quoi ressemblera-t-il ?

L’Europe ne peut soutenir la dérive nationaliste, identitaire et raciste à laquelle la violence économique invite les nations qui la composent, comme une solution de facilité pour justifier de l’ordre des choses auprès de leurs peuples. Non seulement elle ne devrait pas la soutenir, mais elle devrait lui opposer fermement une autre conception de la culture, celle que les modes d’habiter contemporains inventent, celle que la structure même du territoire européen, intrications de réseaux où fluent personnes, choses et informations suggère. Culture qui se construit entre les cultures, dans le flux des relations et non l’enfermement des identités : cultures urbaines, cultures créoles, cultures minoritaires, hybrides, qui ne se fondent pas dans une origine passée et commune mais dans l’invention d’un commun avenir dans le jeu de la différence. Bien au contraire, l’Europe devrait défendre les initiatives culturelles qui soutiennent un autre rapport aux territoires et participent de l’invention sociale, de la nouvelle écriture du territoire qu’implique son propre projet : participe d’un geste fondateur.

"Oui, poursuivais-je ma réflexion, c’est peut-être là que se cache le diable : non dans le fait que l’homme tue, mais dans celui que les vertus indispensables au crime deviennent pour lui l’ordre du monde." disait Imre Kertesz, l’écrivain juif et hongrois, dont l’œuvre entière plaide pour un tel geste fondateur comme seule réponse possible à l’Holocauste. Nous voudrions croire que le gouvernement hongrois se souvient, et Tibor Navracsics avec.

Jules Desgoutte,
membre du collectif ABI/ABO [art be in/art be out],
pour Artfactories/Autre(s)pARTs
Le 6 novembre 2014

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Mis à jour le vendredi 21 novembre 2014