Rflchir aux pratiques exprimentales revient se demander o elles ont lieu et dans quelles conditions. L’association ARTfactories/Autre(s)pARTs regroupe diffrentes expriences menes dans ce sens et qui partagent certains points communs. Dont celui de mettre en perspective les relations existant entre les artistes, les œuvres et les individus.


© X-situ #1 – Friche RVI (Lyon) - 2010
© X-situ #1 – Friche RVI (Lyon) - 2010

► SYNTHSE COURTE

La primaut du processus sur l’objet fini
S’il existe un point commun entre toutes les pratiques exprimentales voques lors de cet atelier, c’est de considrer la recherche comme une fin en soi, sans obligation de rsultat. Toutes ces expriences, qu’elles s’organisent dans des lieux ou travers des vnements de type festival, privilgient la transdisciplinarit et le travail collectif ; toutes remettent en question le statut de l’uvre artistique, sa fabrication et les modes de sa rception. Dans cette perspective, le processus importe autant que l’objet auquel il va parfois jusqu’ se substituer, de sorte qu’il convient de parler d’exprience sensible plutt que d’exprience esthtique. Ce qui se ralise ne peut pas en effet se juger l’aune de catgories esthtiques prexistantes et les participants un tel dispositif se trouvent eux-mmes partie prenante d’un acte (celui de vivre cette exprience) et d’une uvre (ce qui s’est produit).

La notion de dispositif comporte ces deux aspects et tmoigne du dplacement fondamental opr au sein du schma classique crateur-uvre-spectateur.

Ainsi l’artiste peut ne pas matriser totalement son uvre, qui elle-mme peut ne pas tre un objet fini. Quant au public, il peut ne pas tre assign la seule fonction de voir/couter/lire/sentir l’uvre.

Contrairement l’exprimentation scientifique qui analyse un objet en le mettant distance, l’exprience sensible dont il est question ici inscrit le sujet l’intrieur mme du dispositif pour modifier la perception qu’il a de lui-mme et de son environnement.

Dans l’industrie ou dans l’institution culturelle, les conditions ne sont pas runies pour permettre ce dplacement fondamental. La premire distingue d’un ct la pratique et de l’autre la consommation culturelle ; la seconde impose chaque chose et chaque personne une place bien prcise. Au contraire, les expriences regroupes au sein de l’association Af/Ap se confondent avec le lieu o elles se droulent et accordent une attention toute particulire au public (qu’il faudrait plutt appeler rcepteur voire habitant...). Permettre que ces expriences aient lieu, et donc qu’elles aient un lieu, est un enjeu de premier ordre pour les participants prsents lors de cet atelier.

Lieux part et spcificits du lieu
O est-ce possible ? A priori n’importe o, pourvu qu’on le dcide. En ralit, de prfrence dans des endroits ordinaires, gnralement dsaffects, dont la fonction et l’usage sont vacillants au sein d’une socit. Ce sont des friches industrielles, des fermes en ruine, des hangars abandonns, des barres d’immeubles promises la destruction... Remettre en question l’exprience esthtique implique de le faire dans un lieu lui aussi remis en question : c’est le terrain idal pour jouer avec le rel et l’imaginaire qui sont la matire premire de l’exprience artistique.

© La Gare Franche avant travaux (Marseille) - octobre 2006
© La Gare Franche avant travaux (Marseille) - octobre 2006

Ce ne sont donc pas tant les territoires eux-mmes qui sont nouveaux mais les rapports qu’on entretient avec ceux qui existent dj. Plutt que de crer ailleurs, il s’agit de crer autrement. Et il faut prciser ds lors que la notion de territoire n’est pas strictement gographique, mais s’apparente un espace (virtuel, relationnel etc.) o l’on crera en rompant avec les usages institus. Ceci dit, il se trouve que l’usage marque durablement certains quipements culturels o il apparat difficile de travailler autrement. Dans ce cas, et ce pour relancer l’histoire de l’action culturelle, il importe de travailler autre part. Cette volont partage par les diffrents acteurs concerns (artistes, porteurs de projets etc.) interroge nanmoins l’envie des spectateurs (rcepteurs, habitants etc.) qui ne sont peut-tre pas prts pour participer ce type d’expriences...

C’est l un problme qui oblige tous ces nouveaux praticiens ne pas rester figs dans leur action, ni dans leurs relations avec l’extrieur. Et veiller ce qu’on ne les cantonne pas, au prtexte qu’ils revendiquent une recherche sans obligation de rsultat, dans la prcarit, l’absence de reconnaissance et l’ternelle mergence.

Sbastien Gazeau
Texte rdig partir de la synthse de Pierre Gonzales et Jules Desgoutte (Friche RVI, Collectif ABI/ABO, Lyon) ralises Sainte-Foy-Ls-Lyon le 19/03/08 lors de l’atelier de rflexions Les pratiques exprimentales »

Pierre Gonzales et Jules Desgoutte (membres d’Abi Abo, friche RVI, Lyon)
Prparation et animation de l’atelier de rflexions

Quentin Dulieu (Af/Ap)
Coordination des Ateliers de rflexions

Mis à jour le vendredi 5 novembre 2010