Les friches culturelles d’hier à aujourd’hui : entre fabriques d’art et démarches artistiques partagées - Philippe Henry


Un bilan problématisé des friches culturelles

La reconversion de bâtiments délaissés en espaces de projets artistiques et culturels est un phénomène apparu en Europe dans le dernier quart du siècle dernier. Il connaît aujourd’hui un prolongement dans différentes formes d’émergence d’espaces de travail et d’échange, dont certaines reprennent plus ou moins explicitement des valeurs et des modalités de fonctionnement de ce qui a été désigné en France par le terme de « friches culturelles ». C’est au rappel de cette histoire trentenaire et à une problématisation synthétique de cet ensemble d’initiatives, d’abord portées par des acteurs de la société civile, qu’est consacré l’article à ce jour inédit de Philippe HENRY.

Le texte permet aussi une mise en perspective d’événements plus récents, comme la constitution, en janvier 2014, de la Coordination nationale des lieux intermédiaires et indépendants (CNLII) qui se veut répondre au besoin urgent d’une « reconnaissance de la place et du rôle de ces lieux […] dans le paysage culturel français et d’une mise en réseau de leurs projets respectifs ». Une première mention va d’ailleurs probablement apparaître dans la loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine, actuellement débattue au Parlement, qui prônerait « la promotion des initiatives portées par le secteur associatif ainsi que les lieux intermédiaires et indépendants ». Dans cette optique, l’article propose également des éléments de caractérisation de ces deux termes qualifiants d’intermédiaire et d’indépendant, qui font encore l’objet d’incompréhensions ou de questionnements récurrents.

Janvier 2016

Les friches culturelles d'hier à aujourd'hui : entre fabriques d'art et démarches artistiques partagées - Philippe Henry

Résumé

La revitalisation de bâtiments industriels et commerciaux délaissés en espaces de projets artistiques et culturels est récemment devenu un enjeu d’aménagement local. Ces espaces peuvent désormais se situer assez loin des premières expériences de friches culturelles, apparues en Europe dès la fin des années 1970. Héritières des formes de contestation sociale et politique de cette époque, celles-ci se sont longtemps voulues exemplaires d’une circulation entre processus artistiques et autres dimensions de la vie sociale. Les équipes artistiques qui gèrent aujourd’hui de tels espaces ne se réclament pas toutes de cette dynamique historique. Elles se trouvent plus nettement confrontées à une tension croissante entre, d’une part, leur volonté d’être ou de rester des lieux d’expérimentation et de présentation artistiques, au sein de filières qui se sont fortement professionnalisées, et, d’autre part, leur désir – très variable selon les cas – de prise en compte des préoccupations identitaires et culturelles des personnes vivant dans leur territoire de proximité.

* Cet article est la reprise, revue et augmentée de nouveaux cas, de la première partie du Rapport de synthèse déjà écrite par l’auteur en avril 2010 pour la tâche “Identification des spécificités des bâtiments en friche recyclés en espaces de projets artistiques et culturels”, dans le cadre du projet CPER 2008-2009 Haute-Normandie « La friche, cadre d’une aventure culturelle et espace urbain polyvalent et durable ».

Philippe Henry est chercheur en socioéconomie de la culture.
Contact : phenry4-at-wanadoo.fr

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Mis à jour le lundi 11 janvier 2016