Les Nouveaux territoires de l’Art


Conférence de presse de Michel Duffour,
secrétaire d’Etat au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle
Jeudi 17 janvier 2002 - Centre d’Accueil de la Presse Etrangère
Maison de la Radio, Paris.

Dossier de presse des Nouveaux territoires de l’Art :
Rencontre internationale les 16, 17, 18 Février 2002
à la Friche Belle de Mai, Marseille (France)


Communiqué de presse :

Les 14, 15 et 16 février prochains, à Marseille, la Friche La Belle de Mai accueillera la Rencontre internationale « Nouveaux Territoires de l’Art ». Ce rendez-vous, sans précédent, initié par Michel Duffour, secrétaire d’Etat au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle, réunira des artistes, des opérateurs culturels, des intellectuels et des responsables politiques et administratifs, venus du monde entier, qui échangeront, durant trois jours, sur les enjeux des nouvelles pratiques culturelles.

Depuis plus d’une dizaine d’années, à travers le monde, des friches, des laboratoires, des fabriques et des squats abritent des collectifs d’artistes qui trouvent, dans ces espaces atypiques, les moyens de créer, de produire et de diffuser leur travail. De ces lieux naissent des démarches artistiques et culturelles inédites et des rapports singuliers aux populations, aux territoires, et à la société.

En France, ces espaces et ces projets font l’objet d’un soutien particulier de la part du ministère de la Culture et de la Communication qui a mis en œuvre, en juin 2001, un large programme d’accompagnement et pris l’initiative de cette rencontre internationale.

Venus de toutes les régions françaises, du Liban, de Turquie, d’Afrique du sud, du Brésil, du Mexique, du Japon, de Chine, de Taiwan et de nombreux autres pays, près de 180 personnalités ont accepté de créer l’événement à Marseille en venant partager, chacun dans son champ d’action, leurs expériences, leurs projets et leurs réflexions afin de définir, avec tous les participants à la rencontre internationale, les modalités de leur coopération.

Les 14, 15 et 16 février 2002, plusieurs centaines d’artistes, de porteurs de projets, d’opérateurs culturels, des philosophes, des sociologues, des historiens, des psychanalystes, des économistes, ainsi que des élus locaux, des ministres et des représentants d’administration français et étrangers se rencontreront, donc, à Marseille, pour débattre, à travers des tables-rondes et des ateliers, des nouvelles formes de création et d’action culturelle qui se dessinent sur les cinq continents.

A cette occasion, 20 monographies sur la dynamique artistique de 20 villes du monde seront rendues publiques. Cette rencontre internationale est organisée en collaboration avec l’Association Française d’Action Artistique (AFAA), avec le soutien des plusieurs ministères et secrétariats d’Etat (Affaires Etrangères, Ville, Emploi, Equipement et Transports, Education Nationale, Jeunesse et Sports, Economie Solidaire, Tourisme...) et celui de la Ville de Marseille, du Conseil général des Bouches-du-Rhône, du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et de la Caisse des Dépôts et Consignations.

Paris, le jeudi 17 janvier 2002.


Programme :
Première journée : Jeudi 14 février 2002

Table ronde 1 : Vers une nouvelle époque de l’art ?

De nouvelles démarches d’artistes, souvent liées à des espaces originaux, se multiplient aujourd’hui autour de croisements disciplinaires et d’une autre prise en compte du temps, de l’espace et des finalités de la création. La notion de processus y tient un rôle prépondérant. Quelles sont les motivations esthétiques à l’origine de ces projets ? Contiennent-ils en germe une nouvelle définition de l’art, du statut des artistes, de leurs œuvres, de leur fonction dans la société ? S’agit-il d’une véritable mutation ou d’un effet de mode ?

Atelier 1 : Balbutiements, formalisation et renouvellement des projets

L’apparition et la multiplication actuelles de « structures artistiques hors normes » sont profondément liées aux contextes culturels et urbains. Dans quelles conditions émergent ces projets et qui en sont les porteurs ? Comment faire reconnaître l’existence de ces initiatives ? Comment envisager leur existence dans la durée et transmettre l’esprit des lieux, une fois passées les périodes fondatrices et le temps des passions ?

Atelier 2 : La valeur artistique entre institution, marché de l’art et industrie culturelle

Sans se plier aux normes du marché ou de l’institution, comment reconnaître le droit à l’expérimentation artistique des projets ? Quels types de valeur artistique et quels critères originaux les définissent ? Quelles sont les nouvelles échelles de référence ?

Atelier 3 : Les architectures de la création : structures pérennes et nomadisme créateur

Ces initiatives se situent en tension entre la recherche d’un ancrage fécond dans un lieu et la valorisation du nomadisme créatif. Quels désirs portent les artistes à investir des lieux inattendus, souvent disqualifiés ? Comment les caractéristiques architecturales et symboliques des espaces occupés alimentent-elles l’inspiration et les choix artistiques ? Comment penser des présences artistiques parfois éphémères dans les territoires ?

Atelier 4 : Des espaces de réinvention du travail et des rapports sociaux

Au cœur de ces projets, le rapport au travail peut être vécu différemment, en termes de rythmes, de relations et de contenus. Comment le travail artistique permet- il d’acquérir des savoir-faire ou une formation ? A cet égard, ces expériences conduisent-elles à modifier la nature et les finalités du travail en tant que tel ? L’engagement culturel permet-il de reconstruire des manières d’être, notamment pour des individus dont les trajectoires sont marquées par la précarité ?


Programme :
Deuxième journée : Vendredi 15 février 2002

Table ronde 2 : Présences artistiques et territoire : l’art à l’épreuve du réel

Des artistes s’installent au cœur des territoires. Ils investissent des espaces inattendus, ils désirent s’inscrire dans la vie locale, établir des relations durables avec les populations. Que naît-il de cette proximité avec les habitants, de ces frictions et dialogues des équipes artistiques avec les autres acteurs locaux ? Ce mouvement contribue-t-il à redéfinir les rôles de l’art et de l’artiste dans la cité ? Quelles influences sur les politiques culturelles en découlent ?

Atelier 5 : L’économie et l’organsation de projets

Les dispositifs de production artistique mis en place dans ces initiatives ont en commun une forte précarité économique. Quelles sont les modalités de fonctionnement et d’organisation inventées pour faire exister ces projets ? Quelles réponses apporter, financières mais aussi réglementaires et législatives pour les accompagner  ?

Atelier 6 : Prendre place dans le territoire

L’implantation d’équipes artistiques ou d’aventures culturelles dans un contexte et une histoire locale, contribuent souvent à la transformation de leur environnement. Quelles sont leurs singularités en matière de qualification architecturale et urbaine des espaces ? Quelles réponses apportent-elles aux enjeux patrimoniaux ? Comment participent-elles à l’aménagement du territoire et au développement local ?

Atelier 7 : Le rôle des publics en question

Les dispositifs de diffusion et de création interrogent en profondeur la notion de spectateur, le statut des œuvres. Comment les publics sont-ils pris en compte à travers ces expériences ? Quelles sont les nouvelles modalités d’implication, d’appropriation et de participation des populations ?

Atelier 8 : La coopération, les échanges et les circulations artistqiues et culturelles

L’ouverture sur le monde, les coopérations et les échanges artistiques sont des caractéristiques très fortes de tous ces projets. Au-delà de la circulation des œuvres, quelles autres significations économiques, politiques, identitaires les échanges artistiques internationaux développent-ils ? A quels enjeux sont confrontés les artistes et ceux qui les accueillent ? Quels sont les impacts locaux de ces échanges et coopérations ?


Programme :
Troisième journée : Samedi 16 Février 2002

Table ronde 3 : Nouveaux modes de coopération artistique

Ces initiatives se distinguent par leur capacité à faire réseau : du local au global. La culture apparaît de la sorte comme un moyen de dépasser les particularismes, de poser autrement les questions d’altérité et d’identité dans le contexte de la mondialisation. De quel type de pluralisme artistique et culturel ces projets sont-ils porteurs ? Dans quelle mesure ces expérimentations contribuent-elles à définir une autre pratique de la citoyenneté mondiale et de la coopération culturelle ?

Table ronde 4 : Un autre monde ?

L’art a toujours été un espace d’interrogation, de questionnement critique sur l’ordre du monde. Dans quelle mesure les nouveaux territoires de la création parviennent- ils à revivifier cette fonction ? Sont-ils des lieux de réinvention du travail, de la ville, du rapport aux autres, de la construction de soi ? Servent-ils de chambre de résonance au débat public, en posant à leur manière les grandes questions de civilisation, en ouvrant à leur façon des pistes alternatives ?

Le programme de cette rencontre a été conçu avec la participation des associations Alissart, AutreParts, Fanfare, Hors les Murs, TransEuropHalles et le groupe Transversal International de la Friche La Belle de Mai, ainsi qu’avec de nombreuses équipes travaillant au développement de ces nouveaux territoires de l’art.


Les participants :

Plusieurs centaines de personnes devraient participer, quotidiennement, aux différentes tables-rondes et ateliers de la Rencontre internationale, parmi lesquelles :

- des opérateurs culturels

- des artistes

- des personnalités de smilieux intellectuels ( philosophes, sociologues, journalistes, historiens, psychanalystes...)

- des élus locaux et territoriaux

- des responsables d’institutions culturelles

- des ministres

Certaines personnalités, dans l’impossibilité de se déplacer à Marseille à la date de la Rencontre internationale, ont désiré faire partager leurs analyses et réflexions sur les nouveaux territoires de l’art en enregistrant des contributions-vidéos. Ces dernières seront diffusées dans le cadre des séances plénières.


Les 20 monographies commandées pour la Rencontre Internationale

A l’occasion de la Rencontre internationale « Nouveaux Territoires de l’Art », le ministère de la Culture et de la Communication et le secrétariat d’Etat au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle ont pris l’initiative de demander à plusieurs personnalités de réaliser des monographies sur 18 villes du monde. Après l’échantillon français repéré dans le rapport de Fabrice Lextrait, ces 18 monographies constitueront la première photographie mondiale du mouvement artistique et culturel qui se développe hors du champ institutionnel à travers la planète.

Chacune de ces monographies synthétisera sur 5 pages, la dynamique artistique de la scène locale, les raisons de son émergence, ses modes de financement et listera ses principaux acteurs. Toutes donneront également la parole à un élu, un opérateur culturel et un artiste local. Devant servir de support aux échanges qui auront lieu durant les trois jours de la rencontre de Marseille, ces monographies seront rendues publiques à l’ouverture de la Rencontre internationale, le 14 février 2002.

Se reporter à la liste des monographies/ lieux étrangers


Le Pôle-Ressources de la Rencontre Internationale : 600m2 pour s’informer sur les nouveaux territoires de l’art

A l’occasion de la Rencontre internationale de Marseille, un pôle de ressources, installé à l’Accueil Massalia (575 m2) de la Friche La Belle de Mai, rassemblera ouvrages et données sur les nouveaux territoires de l’art afin de les mettre à la disposition des participants en quête de renseignements et de documentations sur les différentes initiatives artistiques et culturelles évoquées lors des débats.

Le centre « Art Factories » est conçu dans l’idée d’une matérialisation du site web www.artfactories.net, mis en ligne par l’association Mains d’œuvres, qui rassemble, dans une même base de données évolutives, différents types d’informations sur les lieux de cultures pluridisciplinaires dédiés à la jeune création et aux nouvelles pratiques artistiques, culturelles et sociales, dont des outils pratiques pour aider à leur mise en œuvre et développement, une base documentaire, ainsi que des brèves sur les activités et projets qu’ils développent à travers le monde.

Les données, tant événementielles (programme) que structurelles (monographies, présentation de projets...), recueillies en amont de la Rencontre, y seront classées selon la localisation géographique des initiatives et deux installations circulaires permettront de s’informer et de prolonger les débats des tables-rondes et ateliers.

Un salon convivial et, en regard, un gradin de 120 places, favoriseront une consultation partagée. Entre les deux, un grand écran en suspension permettra la projection de films, documentaires, programme multimédia (visioconférences), Journal de la Rencontre...etc.

Outre cette centralité, propice à un premier contact collectif avec l’information et la documentation, le « Art Factories » proposera, en périphérie, des espaces spécifiques pour une approche et une récupération plus individuelles des contenus mis à disposition.

L’espace information :
C’est l’endroit où l’on viendra chercher un documentaire, une bande-son, un CD-ROM... L’espace information proposera, entre autres, des visites guidées de la Friche La Belle de Mai.

L’espace librairie :
On y sera accueilli par « Païdos », libraire marseillaise disposant d’un fond de revues, de catalogues, d’essais, et livres sur les nouveaux lieux et expériences artistiques, dont les ouvrages écrits par les intervenants de La Rencontre. (Païdos - 54, Cours Julien 13 006 Marseille. Tél : 04 91 48 31 00)

L’espace bibliothèque :
Les participants bénéficieront, en libre accès de la presse généraliste et thématique régionale, nationale, et internationale, ainsi que des rapports, réflexions, ou encore essais traitant de la contribution de l’art à la transformation de la société.

L’espace audiovisuel :
Les participants trouveront ici le matériel nécessaire au visionnage de films et de documentaires sur les lieux et les projets.

L’espace multimédia :
Jouxtant un espace convivial où les participants pourront se restaurer, un espace multimédia permettra aux participants d’accéder librement à huit ordinateurs qui feront le lien entre les sites web des différents lieux et celui de la Rencontre internationale. Des animateurs multimédias seront à disposition pour renseigner le public.

L’espace éditorial :
Au cœur de la Rencontre internationale, un pôle de rédaction orchestrera toute une série d’entretiens, de confrontations, de portraits audios et vidéos, qui seront relayés par Radio Grenouille, le Journal quotidien de la Rencontre et le Canal-Télé-Friche qui diffusera sur l’ensemble de La Belle de Mai. L’équipe rédactionnelle interrogera intervenants et participants sur ce qu’ils développent dans leur lieu, le contexte artistique, l’environnement social et politique. Des témoignages d’expériences, mais aussi des documents de création trouveront place dans cet ensemble éditorial polyglotte. L’ensemble, traité en anglais et en français, donnera lieu à des synthèses et des articles que le public pourra consulter pendant et après la Rencontre internationale sur le site de cette dernière.


La Friche La Belle de Mai

Un projet d’échanges et de production artistiques :

Le projet de La Friche la Belle de Mai met l’artiste au centre d’un système de socialisation fondé sur la double exigence de production d’œuvres et de croisement des publics. Les producteurs artistiques sont les moteurs de la Friche. Ils animent un système de développement structuré autour des paroles d’artistes qu’ils invitent en résidence et sur projet.
Système Friche Théâtre (S.F.T.), qui organise la Rencontre internationale des 14, 15 et 16 février 2002, est l’association fondatrice et porteuse du projet. Dirigée par Philippe Foulquié, elle accueille les producteurs et les artistes, anime la synergie et la transdisciplinarité, et développe le projet dans les champs culturel, urbain, économique et social.
En même temps laboratoire et développeur, S.F.T. explore les nouvelles problématiques de la culture (multimédia, ouverture vers l’économique, formation, coopérations internationales...). Au delà, S.F.T et les résidents de la Friche La Belle de Mai questionnent en permanence la place de la culture et de la création dans la société.

Un lieu de rencontres avec toutes les populations :

Dans les 45 000 m2 de l’ancienne manufacture des tabacs de la Seita à Marseille (12 hectares au total), la Friche La Belle de Mai, ce sont 400 professionnels du spectacle, artistes, techniciens, organisateurs, producteurs ; 100 000 personnes qui, chaque année, découvrent les oeuvres et les paroles d’artistes ; 500 temps de rencontres publiques. La Friche La Belle de Mai est en effet un lieu de production artistique ouvert à toutes les populations. Ces dernières sont invités à participer à toutes les tentatives artistiques, qu’il s’agisse des stages de Hip Hop, de danse contemporaine ou de théâtre, des formations et ateliers spécifiques, ou encore de l’organisation des fêtes et des spectacles. Toutes les disciplines artistiques sont représentées (danse, musique, théâtre, arts plastiques, multimédia/nouvelles technologies de l’information et de la communication, cirque, cinéma, audiovisuel, littératures...).

Un pôle de coopération culturelle en développement :

Soutenu par l’État et des collectivités territoriales, la Friche La Belle de Mai se construit, jour après jour. Trois composantes majeures sont aujourd’hui associées au développement de ce site et à la réussite du projet d’ensemble :
1/ La culture vivante, avec Système Friche Théâtre (S.F.T.), les artistes et les producteurs artistiques de la Friche La Belle de Mai.
2/ L’économie, avec le développement d’un « Hôtel d’entreprises » consacré aux industries de la culture, de l’audiovisuel et du multimédia.
3/ Le patrimoine, avec l’arrivée du Centre Interrégional de Restauration et de Conservation du Patrimoine (C.I.C.R.P.), des Archives de la Ville de Marseille, des Réserves des Musées de Marseille.
D’ici deux ou trois ans plus de 1 400 professionnels travailleront à la production artistique, culturelle, éducative et audiovisuelle. Le rassemblement sur le site, de la formation, de la recherche artistique, de logiques de transfert et d’industries de la culture dessine un nouveau type de technopôle.

En savoir plus sur Système Friche Théâtre et la Friche Belle de Mai


Programme de soutien aux espaces et projets "non-institutionnels" : le dispositif d’accompagnement mis en oeuvre en France par le Ministère de la Culture et de la Communication

Après la remise du rapport « Friches, laboratoires, fabriques, squats, projets pluridisciplinaires...  : une nouvelle époque de l’action culturelle », en juin 2001, le ministère de la Culture et de la Communication et le secrétariat d’Etat au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle ont décidé de mettre en place un large programme de soutien aux espaces et projets qui se développent hors des institutions culturelles traditionnelles.

Informer et développer :

Afin de contribuer à sensibiliser tous les acteurs concernés sur le rôle joué par ces espaces atypiques dans le développement des territoires, le rapport de Fabrice Lextrait a été largement diffusé, publié à la Documentation Française et mis en ligne sur le site du ministère de la Culture et de la Communication.

Huit séminaires interrégionaux ont par ailleurs été organisés en France métropolitaine durant l’automne et l’hiver 2001 permettant à plus de 1 500 élus, artistes, porteurs de projets et représentants des services déconcentrés de l’Etat de débattre ensemble des conditions d’existence et de développement de ces espaces atypiques.

Soutenir et accompagner :

Pour la première fois dans l’histoire du ministère de la Culture et de la Communication, des mesures nouvelles ont été spécifiquement inscrites dans le budget 2002 afin de soutenir la coordination de ces espaces et projets (2,8 millions d’Euros). Ces moyens s’inscrivent dans le cadre d’un important effort financier en faveur du spectacle vivant (24,4 millions d’Euros) qui doit notamment bénéficier à la création indépendante.

La Directive Nationale d’Orientation pour l’année 2002, adressée le 10 janvier dernier aux préfets de région et de département, inscrit « l’aide aux disciplines en développement, aux compagnies et aux lieux intermédiaires », comme l’une des deux priorités du gouvernement en matière culturelle, avec l’enseignement et l’éducation artistiques. A l’attention des Directions Régionales des Affaires Culturelles (DRAC) et des Services Départementaux de l’Architecture et du Patrimoine (SDAP), cette directive précise, notamment, au paragraphe 1.1.2 sur les pratiques innovantes : « une attitude d’ouverture et de dialogue de l’ensemble de vos services est indispensable au développement de ces laboratoires d’innovation artistique, culturelle et sociale. Vous veillerez à accompagner ces initiatives et à leur apporter les soutiens financiers nécessaires en mobilisant l’ensemble des procédures et dispositifs existants au sein du ministère de la Culture et de la Communication et en vous inscrivant dans la concertation interministérielle  ».

Depuis la fin septembre 2001, une cellule interdirectionnelle réunissant les différentes directions centrales concernées par ces espaces, et coordonnée par la Délégation au Développement et à l’Action Territoriale (DDAT), se réunit régulièrement afin d’assurer un meilleur suivi de ces projets au sein du ministère de la Culture et de la Communication.

Un groupe de travail, composé d’inspecteurs de la musique, de la danse, du théâtre, des arts plastiques, du patrimoine et de l’architecture, a été constitué pour réfléchir aux modes et critères d’évaluation de ces nouvelles aventures culturelles. En effet, la mise en avant des processus par rapport aux œuvres, la multidisciplinarité souvent constatée et l’association de la population aux projets remettent en cause l’application des normes établies pour le suivi des institutions labellisées. Cinq inspecteurs mèneront, dans le courant du mois de janvier 2002, des évaluations sur des sitespilotes qui serviront à l’élaboration de nouvelles méthodes d’inspection. Ils pourront s’adjoindre d’autres compétences en sollicitant d’autres ministères pour appréhender globalement certains projets sur des aspects sociaux, économiques ou éducatifs.

Une équipe interministérielle, chargée de dispenser conseils et expertises, auprès des services déconcentrés de l’Etat et des collectivités territoriales, en mutualisant les savoir-faire, sera prochainement installée au sein de l’Institut des Villes, Groupement d’Intérêt Public regroupant six ministères, six associations d’élus et la Caisse des dépôts et consignations. Sa composition sera rendue publique le 15 février 2002.

Dans le cadre du dispositif de soutien mis en œuvre par le ministère de la Culture et de la Communication et le secrétariat d’Etat au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle, à la suite du rapport de Fabrice Lextrait, huit séminaires interrégionaux ont été organisés en France métropolitaine durant l’automne et l’hiver 2001.

A l’invitation des préfectures de région ou de département et des Directions Régionales des Affaires Culturelles (DRAC), des élus, des artistes, des porteurs de projets et des représentants des services déconcentrés de l’Etat se sont ainsi vu proposer - pour la première fois - de débattre ensemble des conditions d’existence et de développement des espaces et projets artistiques « non-institutionnels », autour d’une table-ronde technique, puis d’un échange en présence du secrétaire d’Etat Michel Duffour.

De Lille (12/10/01) à Caen (9/01/02), en passant par Bordeaux (9/11/01), Lyon (14/11/01), Perpignan (22/11/01), Metz (6/12/01), Nanterre (13/12/01) et Rennes (14/12/01), plus de 1 500 personnes, au total, auront participé à ces séminaires interrégionaux.

Chacun de ces séminaires a été l’occasion, pour les opérateurs culturels invités, de présenter leur projet, confirmant ainsi la pluralité et la diversité de ces expériences qui, depuis 20 ans, ont sensiblement modifié le paysage culturel et artistique français. La participation et les interventions de nombreux élus, représentants de petites ou grandes communes, rurales ou urbaines, frappées par la désindustrialisation ou en voie de reconversion, témoignèrent également de la diversité des réalités territoriales tout en marquant l’intérêt de ces acteurs publics pour des projets très liés aux populations auprès desquelles ils se construisent.

« La force de nos expériences, c’est qu’elles partent du terrain et c’est bien pour cela qu’on parle d’une nouvelle époque de l’action culturelle », soulignait, lors du premier séminaire interrégional, Véronique Christophe, porte-parole de « La Malterie », une ancienne brasserie devenue espace de création et de diffusion pluridisciplinaire à Lille (Nord). Dans le même esprit, on découvrit qu’à Bègles, commune rurale près de Bordeaux (Aquitaine), la « Palène » associe la création artistique à la sauvegarde d’une ancienne sécherie de morue, tandis qu’à Lyon une compagnie de théâtre investit une ancienne MJC, le 101, pour la transformer en fabrique théâtrale et en atelier d’écriture contemporaine.

A l’occasion de ces séminaires, les débats ont parfois mis en évidence la difficulté d’identifier clairement ces « espaces intermédiaires », et le désir d’y associer toute entreprise de mise en valeur d’un patrimoine local. Ce fut l’occasion, pour Michel Duffour, de rappeler l’importance de faire prévaloir le projet sur le lieu, en insistant sur les nouveaux rapports établis entre art et société, artistes et populations.

D’une manière générale, les problèmes de précarité, de coût lié à la mise aux normes des locaux pour l’accueil du public, la question du statut des artistes et des techniciens du spectacle, et les rapports avec les institutions et les collectivités territoriales furent régulièrement évoqués par les artistes et les opérateurs culturels. Pour leur part, les élus s’interrogèrent davantage sur les mécanismes de financement de la culture, et plus particulièrement sur les possibilités de soutien à ces projets ouvertes par les nouveaux modes de contractualisation entre l’Etat et les collectivités, tels que l’intercommunalité, les contrats de ville ou d’agglomération.

L’identification et la répartition des compétences entre les différents acteurs publics fut en effet un sujet systématiquement abordé et la dimension expérimentale, novatrice, de ces projets, tant dans le rapport aux territoires, aux artistes, aux pratiques qu’aux publics, suscita régulièrement l’enthousiasme de nombreux participants qui, tel le Maire de Roubaix, René Vandierendonck, sont convaincus que « des pratiques culturelles nouvelles deviennent le moteur du développement local ».

« Nous pensons que les différents acteurs du champ culturel pourraient apprendre à se reparler, à confronter des positionnements différents, à identifier leur mission réciproque et leurs urgences », insistait, lors de l’un des séminaires interrégionaux, Jo Martinez, chargé de la diffusion des compagnies à « la Grainerie », lieu de fabrique des arts du cirque et de la rue, à Balma, près de Toulouse (Haute-Garonne). La réalisation de ce souhait semble avoir largement été amorcée dans ces rencontres publiques dont les médias régionaux français se sont fait largement l’écho.


Verbatim

Singularité

« La force de nos expériences, c’est qu’elles partent du terrain et c’est bien pour cela qu’on parle d’une nouvelle époque de l’action culturelle. Des acteurs culturels ont pris des locaux et ont construit, par leur projet, une action qui s’insère peut-être dans un patrimoine. Mais partir de l’inverse, dire, on va aménager des lieux, régler tous les problèmes et vous les mettre à disposition, je ne pense pas que cela fonctionne. »
Véronique Christophe, La Malterie à Lille (Nord).

« Nos équipes sont très majoritairement des collectifs dans le sens noble du mot, or la notion de collectif est dévalorisée en France et c’est un choix difficile à faire accepter aux interlocuteurs locaux ou institutionnels. Comment ne pas casser des équipes en isolant un élément qui deviendra le référent, souvent le metteur en scène, l’unique interlocuteur pour l’institution ? »
Jo Martinez, chargé de la diffusion des compagnies à la Grainerie de Balma (Haute-Garonne).

Précarité

« Ceux qui ont créé des friches savent la galère de convaincre les pouvoirs publics. Nous avons vu nos subventions baissées car on ne tournait pas assez. C’est compliqué d’avoir une casquette un jour pour la compagnie, un jour pour le lieu. »
Gilbert Tiberghien, La Compagnie Tiberghien fondatrice et associée du TNT. Toulouse (Haute-Garonne)

« On loge les gens dans des placards, on cuisine pour 15 personnes sur des cuisinières à 3 trous... Mais la précarité a des limites, surtout au niveau de l’accueil et il est clair qu’il faudrait plus de moyens. »
Philippe Chappat, La Fabrique Andrézieux-Bouthéon (Loire)

« Alors oui, le point commun de ces expériences est la précarité. Notre difficulté à nous c’est cette grande précarité qui fait qu’on travaille sur l’urgence. Aujourd’hui il y a quand même une partie de la culture qui est à la limite de l’infarctus, alors que l’institutionnel n’a qu’une petite foulure. »
Raphaël Djaim, directeur du théâtre l’Armature à Nîmes (Gard)

Expérimental

« Le soutien aux activités culturelles en France est considérable, comparé aux pays étrangers. L’aspect le plus problématique est que ce soutien se traduit par des dispositifs, des règlements, des procédures, qui ne sont pas toujours adaptés au vivant. Il est intéressant à dire que c’est à nous d’observer le vivant, et de nous en inspirer pour adapter nos procédures à ces expériences plutôt que l’inverse. »
Marie-Christine Weiner, Directrice régionale des affaires culturelles de Picardie

« Pour moi c’est ça un laboratoire, ne pas se contenter d’une vie artistique qui existe déjà mais penser à l’élargir, à la nourrir et aussi à insuffler d’autres rapports. L’expérimentation des rapports avec les institutions ne se passe pas toujours très bien, on essaie de construire quelque chose. Parfois, effectivement, on va montrer une création qui paraît aboutie parce qu’elle semble avoir tous les paramètres de la démarche artistique « institutionnelle. Mais ensemble on fait un chemin pour montrer que c’est beaucoup plus risqué et qu’on travaille différemment. »
Guy Perillou, responsable du Hangar des Mines à Alès (Gard)

Novatrice

« L’émergence de ces initiatives n’a rien de neutre, elle soulève le fait que les institutions ont peut-être atteint leur limite, elles sont à la fois incapables de répondre aux exigences artistiques et aux esthétiques. Parfois je rentre dans un théâtre et j’ai l’impression quetout est fait pour éviter un certain public, tellement c’est connoté. Comment inventer des lieux culturels plus en prises avec des exigences artistiques qui ont la volonté de s’inscrire sur un territoire avec les populations. »
Francis Peduzzi, Scène Nationale Le Channel Dunkerque (Nord)

« Dans ces démarche ce qui compte c’est la mise en œuvre elle-même, le processus, l’aventure, collective souvent, qui est conduite. Cette mise en œuvre compte autant que le résultat luimême. La vraie prise en compte d’une pluridisciplinarité qui se fait par la rencontre est difficile à appréhender car l’administration n’est pas formatée pour ce type d’expériences destabilisantes. Il faut tenir compte de ces deux critères : dans quelle mesure remplissent-ils une fonction sociale et défrichent-ils des terrains nouveaux ? »
Abraham Bengio, Directeur régional des affaires culturelles de Rhône-Alpes

« Pourquoi, quand on parle de ces lieux a-t-on l’impression, de quelque chose de très vivant, qui se cherche, en rapport avec le social, la transversalité, l’économie ? Et pourquoi ces ne seraient-elles pas travaillées de la même façon dans les lieux institutionnels qui reçoivent des subventions ? Pourquoi quelqu’un qui, tout à coup, a la chance de recevoir des subventions, ne poserait pas les questions de la même façon ? Ce n’est pas un hasard si ces lieux ont été inventés par des gens qui sont des artistes. Il a bien fallu à un moment donné que quelque chose manque pour que des artistes décident d’inventer ces lieux. »
Maguy Marin, Chorégraphe, Directrice du Centre Chorégraphique National de Rilleux la Pape (Rhône)

Moteur de développement local

« Et là l’objectif est : comment des pratiques culturelles nouvelles deviennent-elles le moteur du développement local. Comme les financements de la culture en France ne sont pas cohérents, dès que sort du neuf, on le renvoie sur la politique de la ville. Le financement de la région a le même travers. On cantonne les acteurs culturels à la sous-culture, la culture de banlieue, la création régionale. Il y a toujours un premier de la classe qui sort du ministère de la Culture pour dire « c’est de l’animation culturelle », ce n’est pas de la création Regardez le statut qui est fait à la musique hip hop. »
René Vandierendonck, Maire de Roubaix (Pas-de-Calais).

« Un journaliste du Monde écrivait : « le Limousin est une île », je ne voudrais pas que ce soit une île déserte. Il ne faut pas que des grands ports marchands mais aussi des petits ports de pêche. »
Stéphane Camboux, Maire de Chaptelas (Haute-Vienne), président de la communauté de communes.

« Ce qui m’intéresse c’est de remettre la politique, au sens noble du terme, en avant et de sortir d’un débat culturel dépolitisé ou en tout cas largement récupéré par la dimension économique. Faire bouger ce rapport à une culture institutionnalisée, cloisonnée, s’appuyer sur des acteurs qui portent un autre regard sur la ville nous intéresse aussi. »
Jean-Marie Vanlerenberghe, Maire d’Arras (Pas-de-Calais).

Financement

« Les nouveaux lieux posent la question du partenariat et pas seulement celle de la tirelire et nous attendons de l’Etat ou des collectivités locales une conscience de ce qui échappe à la réalité culturelle instituée. »
Andrée Eyrolle, Le Paquebot, à Limoges (Haute-Vienne).

« Il ne faut pas faire les erreurs faites autrefois sur les Smac, la Fedurock. On a divisé pour régner. Entre nous il y a des contacts, des artistes qui travaillent, et il ne faudrait pas qu’autour de ce rapport Lextrait se crée une scission entre légitimité de terrain et légitimité de projet politique. »
Manu Baron, co-directeur de la Condition Publique à Roubaix (Pas-de-Calais).

Décentralisation

« Dans ce processus de décentralisation, ce qui nous inquiète un peu dans notre réalité locale de Toulouse, c’est que ce phénomène de décentralisation va peut-être à un moment donné, impliquer de manière insidieuse le fait d’être dans une bonne ville, c’est-à-dire avec des gens ouverts et capables d’appréhender ces nouvelles aventures pour leur permettre d’exister. »
Joël Lecussan, coordinateur de Mix’Art Myrys à Toulouse (Haute-Garonne).

« Il faut s’habituer au fait que les choses se passent sur le terrain, au niveau déconcentré, autour des préfets qui ont une vocation interministérielle. C’est vraiment au niveau déconcentré de l’Etat, dans les régions ou départements que les arbitrages seront rendus. »
Michel Clément, Délégué au Développement et à l’Action territoriale au ministère de la Culture et de la Communication.

« Le rôle des collectivités publiques au sens large c’est d’accompagner ce mouvement et aussi de créer les conditions économiques, juridiques, sociales, culturelles pour qu’elles puissent avoir lieu, réussissent, se développent. Cela nécessite un profond examen des modes d’intervention, des mécanismes de l’Etat, une certaine modernisation de notre approche. Il faut être capable aujourd’hui d’être à l’écoute de ces expériences comme les responsables publics ont été à l’écoute des premiers exemples de décentralisation théâtrale voici 40 ans. Elu de la banlieue parisienne, je sais à quel point nous avons été en mesure d’écouter ce qui se déroulait à Aubervilliers, Nanterre, Gennevilliers, avec Debauche, Sobel, Garran et bien d’autres... Des expériences naissent, qui répondent à d’authentiques besoins et j’espère créer des possibilités concrètes d’accompagnement. »
Michel Duffour, Secrétaire d’Etat au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle.


Rencontres et Débats

Compte rendu des tables rondes et ateliers du Jeudi 14

Compte rendu des tables rondes et ateliers du Vendredi 15

Compte rendu des tables rondes et ateliers du Samedi 16

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Mis à jour le jeudi 13 mai 2004