Une communauté artistique soudée
Mais passer d’un lieu autogéré à un lieu mis à disposition gratuitement, n’est-ce pas remettre en cause le fonctionnement des Trois-Huit ? " Cela ne va pas bouleverser notre pratique ", assure Sylvie Mongin-Algan, metteure en scène et pilier de la compagnie. " La poursuivre sur la base d’une convention ne changera pas radicalement les choses ; elle clarifie et impulse les partenaires dans la même direction, celle d’un engagement, d’une immersion culturelle sur un territoire donné ".
Sur la base d’une communauté artistique soudée (les comédiens et metteurs en scène Sylvie Mongin-Algan, Guy Naigeon, Vincent Bady) et finement articulée autour de productions diverses (spectacles, lectures, mises en scène dans l’espace public), les Trois-Huit ont largement expérimenté un fonctionnement à géométrie variable. Le collectif des Trois-Huit comprend actuellement une dizaine de personnes, comédiens, techniciens, musiciens, administratifs : tous intermittents du spectacle. " Notre démarche est sans malentendu artistique ", poursuit Sylvie Mongin-Algan, " et se poursuivra dans la même volonté de croisement et d’échanges. Il y aura sûrement des évolutions, et aussi je l’espère, démultiplication des collectifs de création ". Avec l’installation à l’Espace 101, la compagnie souhaite même " inventer des systèmes de collégialité " qui permettent de mettre en place de nouveaux projets artistiques.
Sur le territoire très peu investi culturellement des Etats-Unis, la compagnie a pris ses marques dès le début de l’année 2002. Dans le cadre du dispositif " politique de la ville ", elle a mis en route un projet sur le thème de la filiation, projet soutenu par des associations de proximité. Sur la base d’interviews d’habitants, de " micro-trottoirs " sur le marché, avec la complicité d’une libraire venue présenter des livres au milieu des fruits et légumes, les premiers contacts avec la population ont été établis. A la rentrée 2002, des ateliers de pratique se sont mis en place ; quant aux créations de la compagnie, elle se poursuivent à un rythme soutenu (quatre à cinq créations par an).
Pourquoi pas une friche ?
Pour continuer à fabriquer les décors, une activité qui ne pourra trouver sa place à l’Espace 101, la compagnie s’est mise dans le même temps en quête d’un local suffisamment grand : " On a besoin d’un lieu de fabrication dans le huitième arrondissement, pour notre compagnie comme pour toutes celles avec qui nous sommes en lien régulièrement ", observe Sylvie Mongin-Algan. " Un tel lieu de fabrication pourrait aussi répondre à un besoin plus vaste pour toutes les compagnies du quart Sud-Est de Lyon ".
Et pourquoi pas une friche, par exemple... ?
Françoise Kayser


