Financement de l'innovation culturelle - Philippe Henry


Entretien avec Philippe Henry, ralis pour la revue M3 n°5 le 28 fvrier 2013


Entretien avec Philippe Henry, ralis pour la revue M3 n°5 le 28 fvrier 2013 :

On parle beaucoup d’un asschement du financement public pour la culture, est-ce une ralit, ou une manire cynique de s’appuyer sur "la crise" pour rduire l’intervention publique culturelle ?

Plus que d’un asschement, je parlerais d’une contraction des dpenses publiques. C’est videmment un problme pour les secteurs qui sont plus nettement dpendants de la subvention. Localement, il y a eu quelques coupes nettes, mais a n’est pas gnral. Et mme si Jean-Marc Ayrault n’a pas sanctuaris le budget du Ministre de la culture, le financement public de ce domaine, notamment en raison des contributions des collectivits locales, perdure. Par ailleurs, malgr ses difficults, le champ culturel ne cesse d’attirer de nouveaux entrants, on forme toujours plus d’tudiants, il y a toujours plus d’artistes. On assiste donc un effet de ciseau entre les demandes et les capacits financires du systme actuel d’aide publique. Tout cela fait que les acteurs du domaine artistique et culturel ont dsormais le net sentiment d’tre pris la gorge.

mes yeux, la question n’est pas seulement l. Car il s’agit de savoir s’il ne faut pas modifier radicalement notre logiciel d’apprhension de ce qui se passe. Nous sommes en train de basculer dans une socit o l’immatriel devient prpondrant. On passe du ct d’une socit du savoir. Mais nous avons toujours une conomie qui repose sur la production de biens matriels. On sait chercher de l’argent pour produire des biens matriels, alors que la production et la diffusion de biens immatriels, plus incertaines et foisonnantes, reposent sur des leviers diffrents. a n’est pas la premire fois que le monde change et que les conditions de production peinent suivre. Aujourd’hui, si l’on veut financer une conomie de la crativit, de l’innovation, du savoir, il faut aller vers une plus forte socialisation non seulement des risques lis la production, mais aussi des rsultats financiers obtenus l’aval des filires.

Si je prends l’exemple de la recherche, on sait bien que les entreprises doivent mutualiser leurs efforts de recherche. Car il faut financer de trs nombreuses ides pour en avoir une qui fonctionne effectivement. Si une entreprise restreint trop son dpartement recherche et innovation, elle va avoir tendance prendre moins de risques et favoriser ce qui fonctionne ds le premier essai. Mais ce faisant, elle se coupe de nombreuses autres pistes, qui semblent au premier abord plus risques, plus alatoires, mais dont une minorit peut s’avrer au contraire extrmement porteuse. Lire la suite


Philippe HENRY est enseignant-chercheur la retraite (Universit Paris 8 - Saint-Denis) et membre fondateur d’Autre(s)pARTs. Il poursuit ses recherches sur la spcificit de l’conomie du domaine artistique, sur les tentatives de coopration renforce et sur les dmarches artistiques partages qui s’y dveloppent.
Contact : phenry4@wanadoo.fr


Mis à jour le mardi 6 mars 2018