Favélité/Station RER Luxembourg, Paris


Du 23 septembre au 31 décembre 2005, dans le cadre de l’Année du Brésil en France, les architectes brésiliens Laura Taves, Pedro Evora et Pedro Rivera, en collaboration avec l’ONG Enda Brésil, et avec le soutien du comité des mécènes français de et de la RATP, ont transformé la station Luxembourg à partir d’un assemblage de photograpies grandeur nature d’une favela et de ses habitants.
Le projet Favelité prétend fournir aux citoyens d’autres grandes métropoles du monde, un accès privilégié à la réalité des favelas, rompant avec cette constante association de celles-ci à la désintégration sociale. L’objectif est de montrer que la favela est un endroit où il est possible de vivre, un endroit où la culture et la structure sociale sont continuellement réinventées.
Voir le site : www.favelite.com

LE PROJET

Toutes les grandes métropoles du monde produisent des inégalités sociales. A y regarder de plus près, il serait possible de dresser une carte permettant de distinguer avec certaines nuances, dans chaque ville, les zones privilégiées de celles qui le sont moins. Loin de souffrir d’un manque d’identité, même les zones les plus défavorisées acquièrent leur définition propre grâce aux particularités culturelles et sociales des gens et l’environnement qui la constituent.
Au Brésil, ces zones négligées sont principalement représentées par les favelas.

Il n’existe pas de consensus concernant l’avenir des favelas. Les opinions se rapportant à ce que représente ces quartiers défavorisés, sont généralement opposées. En effet, si l’on entend certains défendre l’idée, afin d’intégrer ces espaces dans la ville, qu’il faut purement et simplement les éradiquer, d’autres s’écrient au contraire, qu’il faut les légaliser et les urbaniser.

L’insertion de la question des favelas dans le programme de l’Année du Brésil en France, est issue d’une initiative dont le but stratégique est de faire état de la situation critique des villes brésiliennes, et donc stimuler et recadrer la discussion dont elle est l’objet.

Les favelas sont des espaces construits, vivants et humains qui occupent les béances territoriales, juridiques et administratives de l’organisation urbaine. En revanche, les favelas sont devenues des éléments indissociables des villes dans lesquelles elles se sont développées, dès le moment où elles se sont imposées, à l’insu de tous, comme une composante incontournable de leur image.

Pendant longtemps, les favelas ont été vues comme un recours provisoire d’habitation. Aujourd’hui leur maintien et leur entretien apparaît comme étant la meilleure solution pour continuer d’assurer un logement aux plus démunis, dans des quartiers où ils ont des opportunités professionnelles et économiques, et ceci, même si les conditions de vie continuent à y être inadéquates dans la majorité des cas.

Les favelas sont des parties intégrantes et légitimes de la ville

Il existe actuellement plus de 700 favelas dans la seule ville de Rio de Janeiro. Cela représente approximativement 20% de sa population totale. Les favelas ne sont pas exclusivement localisées à sa périphérie, mais on en trouve - pour y avoir été créées à certains moments historiques - en plein centre ou même dans certains de ses quartiers les plus cotés.

Qu’ils vivent ça ou là, leurs habitants participent activement à la vie quotidienne et économique de Rio, étant employés dans divers secteurs d’activité où ils occupent diverses fonctions professionnelles.

Profondément enracinées dans la culture brésilienne, que ce soit à travers ses écoles de samba très actives lors du carnaval, l’émergence de la musique funk ou de carrière de sportifs de haut vol, le développement d’une favela est le résultat de la volonté de toute une partie de la population du pays, de s’abriter et de s’organiser. Leurs résidents ont construit leur propre habitation, s’articulant avec celles des autres et constituant finalement un tissu social et organique qui fait de ces lieux, de facto, des quartiers de la ville.

Malheureusement, cette réalité constructive a toujours souffert de préjugés négatifs. Cette réputation est devenue redoutable depuis que les narcotrafiquants, en quelques décénnies, ont pris le contrôle territorial des favelas, forçant la stigmatisation et la responsabilité de toute leur population sans distinction. Le résultat pervers de cet amalgame fait oublier que, si l’origine même des favelas est le résultat d’une société inégalitaire, sa tendance intrinsèque est de permettre à ses résidents de pouvoir, un jour, jouir d’une chance d’égalité...

La favela du Morro da Providência a été choisie comme l’emblème de ce projet parce qu’elle a été une des toutes premières à naître au Brésil alors que Rio de Janeiro était encore la capitale du pays.

Ses places, maisons, impasses sont présentées à partir de collages photographiques dont la superposition suggère l’architecture étrangement agencée de la favela. Il a été nécessaire de choisir près de 800 images parmi plus de 3000 clichés pris par des photographes issus de la propre favela.

D’autres habitants de la favela prennent la parole grâce à des citations reprises sur les panneaux : ils peuvent enfin dire leur opinion, au même titre que des responsables d’ONG, intellectuels et artistes brésiliens.

Mis à jour le mardi 21 avril 2009