Point de Vue #14 - Démocratie culturelle, fabriques artistiques et expérimentation - Emilien Urbach - Avril 2014

Emilien Urbach, directeur artistique de la Cie Sîn et membre d’ARTfactories/Autre(s)pARTs, nous livre son point de vue sur le thème Démocratie culturelle, fabriques artistiques et expérimentation. Ce texte a été rédigé et lu dans le cadre du projet d’exposition-rencontre Wake up friches ! à la Friche de Mimi lors des rencontres IETM (Montpellier 16 > 19 avril).

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Point de Vue #14 - Démocratie culturelle, fabriques artistiques et expérimentation - Emilien Urbach - Avril 2014

Démocratie culturelle / Culture de la démocratie

Artistes, habitants, acteurs associatifs, citoyens, les espaces-projets que nous organisons sont des lieux de démocratie. Nous ne cherchons pas à démocratiser l’accès à l’Art et à la Culture. Qu’il s’agisse de projets de création artistique, de lieux occupés à gérer ou d’actions culturelles, nous avons choisi d’œuvrer ensemble pour le bien commun. Le bien commun c’est le projet, le lieu, l’action. Nous refusons qu’il nous soit confisqué par tel ou tel processus de démocratisation ou de médiation. Nos modes de gouvernance se réinventent devant chaque type de projet. Nous requalifions nos vies par la mise en œuvre de processus, d’expériences esthétiques et culturelles croisés qui visent des transformations poétiques et sociales. Nous transformons les rapports émetteurs-récepteurs en privilégiant les démarches horizontales sans pour autant évacuer les postures individuelles ; il s’agit de faire œuvre commune de nos subjectivités (personnes, genres, modes, disciplines). Il s’agit de rompre avec la culture du mérite et du résultat et de renouer avec la recherche des moyens donnés à tous d’œuvrer et de vivre selon ses besoins. Nous avons déserté les terrains de la concurrence. Il s’agit de solidarité. Il s’agit de démocratie. Le bien commun est la garantie de notre épanouissement personnel. Nous conservons notre droit d’œuvrer. Nous pratiquons la démocratie. Nous ne permettons à quiconque de nous en donner l’accès ou la maitrise ; nous les avons. C’est notre bien commun.

Fabrique artistique

Nos espaces-projets sont des lieux de fabrique sociale, culturelle et artistique. Ces fabriques sont des laboratoires dédiés aux circulations et rencontres humaines. Ils cherchent à se situer sur le parcours d’artistes en création. Ce sont des espaces de recherche, des ateliers, des lieux d’expérimentation scénique, des salles de répétition, parfois des lieux de diffusion ou d’exposition. Souvent multidisciplinaires, nos espaces-projets ne défendent pas de lignes esthétiques figées ou prédéfinies. Si nous gérons ensemble du commun nous sommes pour autant profondément attaché au fait que chacun puisse y trouver la place pour l’expression la plus singulière de son art. De la mise en commun d’outils à l’échange de savoir-faire, nos espaces-projets sont des lieux de ressources que les artistes ne peuvent trouver que rarement dans les lieux de création institués. Les artistes qui bénéficient de ces ressources ne sont pas choisis sur des critères d’excellence. Ce qui importe c’est ce que génère leur présence et ce qu’ils en font en termes d’implication et de vitalité pour le bien commun.


Expérimentation

Nos espaces-projets sont des lieux d’expérimentation. Des espaces où des projets artistiques, culturels, sociaux, naissent et s’essaient. Dans les lieux institués de l’Art, ou au sein de dispositifs conçus suite à un "appel à projet" d’une collectivité locale par exemple, le projet doit être fini avant de commencer, complètement conceptualisé. En fonction du résultat fixé, prédéfini on donnera alors tel moyen financier, tel temps de travail, etc.

Mais si l’on sait ce que l’on va faire, à quoi bon le faire ?

Les murs que nous occupons, les espaces-projets que nous mettons en place servent à donner des lieux de travail là où il en manque, du temps à dépenser sans avoir à le compter et surtout sont des endroits où le résultat n’est pas un objectif. Il est parfois l’aboutissement d’une série d’expériences, de débats, de désirs mais nous ne nous privons pas du luxe de finir sans résultat et simplement avec la promesse de tout pouvoir remettre en cause et de pouvoir tenter encore de nouvelles expériences. Nos métiers ne résident pas dans l’œuvre, mais dans l’ouvrage. L’œuvre n’est pas un résultat à atteindre, mais la concrétisation de l’ensemble des désirs, des interactions humaines et matérielles expérimentés et vécus.

Ces espaces du possible sont nécessaires à toute création qu’elle soit artistique, sociale, politique ou autre. Expérimenter ce n’est pas essayer pour trouver ou pour répondre à une commande, c’est jouir de notre faculté à inventer et à ne jamais se satisfaire. Alors, nous expérimentons des formes artistiques, des modes de rencontres, des systèmes de gestion, des modalités de prises de décisions. Sans ces espaces du possible nous sommes condamnés à produire ; pire, à reproduire.

Emilien Urbach
Directeur artistique de la compagnie Sîn,
Membre d’ARTfactories/Autre(s)pARTs

Le 18 avril 2014 à la Friche de Mimi,
dans le cadre du projet d’exposition-rencontre « Wake up friches ! » // Rencontres IETM – Montpellier 16 > 19 avril

Mis à jour le mardi 14 octobre 2014