Texte d’Émilie Da Lage / Maître de conférence, Université de Lille III // Trésorière de VIESÀVIES


Se saisir sans dessaisir
Nous savons depuis longtemps que l’art, comme d’autres activités humaines, participe à la transformation du monde, parfois sans le vouloir, grâce à ses spectateurs et à leurs histoires, à la circulation des œuvres et des récits, mais aussi parfois grâce à la volonté d’artistes de travailler la matière vive de la société. Nous allons nous arrêter sur le travail particulier d’artistes qui ont choisi de mettre en forme des paysages marqués par l’activité industrielle, des récits d’hommes et de femmes qui voulaient partager leur histoire, ou de travailler à l’expression des formes de vie de différentes communautés. Ils ont choisi de quitter l’abri de la baleine de Jonas - pour autant que certains aient choisi un moment de s’y réfugier - pour mêler leurs corps, leurs mots et leurs lignes au fracas du monde.

Qu’implique ce travail particulier d’artistes qui ont décidé d’un rapport étroit avec le monde ? Comment opérer la transformation d’un problème social en question artistique tout en préservant la justesse des moments vécus, des paysages expérimentés ? Comment saisir, sans dessaisir ?

La visibilité nouvelle, sous des formes nouvelles, que ces artistes donnent à certains aspects de la vie, participe t-elle à produire du politique ? Il faudrait pour cela nous dit Jacques Rancière, que l’œuvre participe à produire un autre ordre du monde, que celui policé, qui règle le partage du sensible contemporain. « Les pratiques de l’art ne sont pas des instruments qui fournissent des formes de conscience ou des énergies mobilisatrices au profit d’une politique qui leur serait extérieure. Mais elle ne sortent pas non plus d’elles-mêmes pour devenir des formes d’action politique collectives.

Elles contribuent à dessiner un paysage nouveau du visible, du dicible et du faisable. Elles forgent contre le consensus d’autres formes de « sens commun », des formes d’un sens commun polémique. » (Jacques Rancière, Le spectateur émancipé, La fabrique, 2008, p 84.)

L’artiste et le sujet…
Un lien se crée alors entre les artistes, les populations et les territoires investis. Mais comment les artistes entretiennent-ils ces relations qu’ils nouent avec les « sujets » dont ils participent à traduire l’histoire et le monde ? Sans doute une part du travail politique est-il dans ce rapport travaillé au quotidien de la création, avec comme ambition, l’invention d’un autre rapport, qui instaure un équilibre dans le partage de l’autorité et de la responsabilité sur l’œuvre.

Mais une fois la création achevée, sa diffusion engendre un autre régime de la reconnaissance, elle devient généralement l’œuvre de l’artiste, comment alors rendre justice aux autres voix ? Que signifie la signature de l’artiste dans ces cas là ? Un droit ? Une récupération ? Une responsabilité ?

La découverte et la mise en perspective de projets artistiques et culturels argentins et français nous permettra de débattre de ces questionnements…

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Mis à jour le mardi 19 octobre 2010