Depuis octobre 1993, l’ancienne cblerie, mise disposition par la Ville d’Andrzieux-Bouthon (Loire), est devenue la " Fabrique ". Ds la premire saison, le collectif qui l’investit oriente son projet dans trois directions : aide et soutien actif la cration artistique, dveloppement d’actions de sensibilisation des publics, diffusion. Les premiers objectifs recherchs semblent proches des ambitions de tout centre culturel : permettre l’accs du plus grand nombre la culture, contribuer l’inscription de l’artiste dans la socit, dvelopper la dmarche de sensibilisation la cration. Le " plus " rside dans le dfi que se lancent les porteurs de projet, en rendant concrte l’ide d’un lieu vou la dmocratie culturelle. Il s’agit de dpasser la notion passive de consommation culturelle, de mettre en regard les diffrentes cultures et de participer l’laboration d’une culture commune.

Lorsque l’on arrive tt la Fabrique, on entre par la cuisine. Immdiatement, on se retrouve un caf en main, dans une convivialit rconfortante, o le dialogue se noue simplement avec les gens prsents, souvent des artistes en rsidence. C’est dans cette ambiance que les six premires saisons ont eu lieu : musique, danse, thtre, arts plastiques, diffusion de concerts et expositions. Aucune forme n’a t nglige, pas plus que la sensibilisation des publics la cration artistique (notamment auprs des enfants et des adolescents). Aujourd’hui, la Fabrique fait le choix de rduire la diffusion pour mieux renforcer son dsir de rencontre entre cration et publics de jeunes. " La Fabrique s’affirme comme un lieu de cration et d’ouverture, un lieu-relais o coexistent diffrences et rfrences communes, o s’additionnent les mmoires ", explique Philippe Chappat (prsident, plasticien et dveloppeur du lieu). Les artistes accueillis en rsidence ont l’opportunit d’inscrire leur travail et leur parole dans le champ social.

Mettre la Fabrique en rsonances, en vibrations et en chos

Au cours de la saison 2000-2001, quatre-vingt-six artistes ont travaill tour tour ou parfois ensemble, parmi lesquels les Passantes, Miss Goulash, l’ARFI, Ishtar, Jrme Noettinger. Des rsidences auxquelles il faut ajouter les rptitions montes dans le cadre des deux rseaux musicaux rgionaux auxquels appartient la Fabrique, celui des " Dcouvertes " du Printemps de Bourges et celui du " Chanon manquant ". La chorgraphe Anne-Marie Pascoli dveloppe un travail sur Dubuffet en collaboration avec le Muse d’art moderne et l’Usine de Saint-Etienne. Elle mne par ailleurs avec des adolescents un module de trois jours qui a pour finalit de prsenter un court spectacle, un " tat de cration ". Un autre projet encore - intitul " Brouhaaaaahhh " - a permis pendant deux mois dix plasticiens, musiciens et vidastes de produire des installations sonores avec le support des musiques lectroacoustiques et de mettre la Fabrique en rsonances, en vibrations et en chos, partager lors d’une dambulation.

La petite quipe, compose d’un administrateur et de deux contrats emploi-jeunes, s’appuie sur un bureau trs actif de sept personnes qui dcide des orientations du lieu. Si pendant six ans, son fonctionnement a repos sur le bnvolat - c’est--dire l’envie, l’engagement, le militantisme -, on reconnat se poser aujourd’hui la question de la professionnalisation de l’quipe. Cependant, la redondance des dispositifs amne peu de moyens, mais oblige des combinaisons complexes : " On ne sait plus toujours sur quoi on marge : Affaires sociales, Culture, Education nationale, ministre de la Ville, Jeunesse et Sports, FASILD, CAF... ". Ces dispositifs n’assurent pas le fonctionnement du lieu, mais dynamisent les projets et confortent l’action artistique. " A nous de rendre les dispositifs oprationnels ! A partir d’une cration contemporaine, on dclenche un travail social, on tente d’articuler espace artistique et espace du social. On ne peut raliser quelque chose de concluant qu’en travaillant partir des envies, des dsirs, partir du propre espace de reprsentation des personnes touches ". Ainsi vont prendre place la Fabrique des ateliers percussions, voix et danse urbaine.

Un territoire bien quip

Cependant, les actions de la Fabrique prennent place en bordure du territoire stphanois, dj bien quip.... Ce qui pousse s’interroger sur la complmentarit et la mise en cohrence de ces quipements : " Les dispositifs ne crent pas une culture commune. On est souvent dans une programmation qui place le jeune dans une attitude consumriste. Il faut relancer l’adhsion libre et singulire, arrter la d-responsabilisation de la personne. Il est propos tellement d’activits en pri- et en extra-scolaire dans le bassin stphanois que les jeunes sont sollicits l’excs par des systmes qui se croisent ".

Le collectif de la Fabrique, bien reprsentatif de l’ensemble du champ artistique et social, cherche viter la dispersion en travaillant sur le fond : " Avant de nous poser la question du spectacle et du march, nous prfrons privilgier la dmarche. Nous mettons en regard culture institutionnelle et cultures priphriques, nous revendiquons une galit dans la distribution des richesses culturelles ", conclut Philippe Chappat.

Lyliane Dos Santos

Mis à jour le mercredi 26 mars 2003