Lyon > des dynamiques dans la ville


LES SUBSISTANCES > UNE EXPÉRIENCE MUNICIPALE INÉDITE - FRANÇOISE KAYSER

C'est un lieu somptueux, à Lyon. Ceux qui sont passés de nuit sur les quais de Saône connaissent l'enchantement que procure la vue des Subsistances, magnifiée par les éclairages. Cet ensemble d'imposants bâtiments autour d'une large esplanade est aussi doté de galeries et d'une cour couverte, coiffée d'une immense verrière (1.500 m2) : une merveille tout droit venue du XIXe siècle. Des studios, des bureaux, des espaces de résidence sont en cours d'aménagement sur 8.300 m2, soit près du tiers de la surface totale (22.500 m2 !)… L'ancien couvent du XVIIe siècle avait été reconverti et agrandi en centre d'approvisionnement militaire au XIXe siècle. D'où le nom retrouvé de " Subsistances ", pour une autre fonction : les nourritures fournies par les Subsistances sont aujourd'hui (presque) entièrement spirituelles, d'essence artistique. Pour ce qui est des nourritures roboratives, on peut du reste regretter qu'il faille passer au premier étage avec vue sur la Saône, dans l'unique restaurant installé sur le site, pour goûter aux exquises nourritures préparées dans un cadre théâtralisé à souhait : charmant et chic, mais cher. Point de restauration légère au rez-de-chaussée, sans vue sur la Saône, pour tous ceux qui ne font que passer une heure ou deux ! C'est dommage, car on vient ici pour travailler, pour séjourner, ou tout simplement pour se promener. Il est vrai que cette friche, financée majoritairement par la municipalité lyonnaise, teste son fonctionnement depuis à peine deux ans. Tout est encore possible ici, tant la version XXIe siècle des Subsistances commence juste à imprimer son image dans le paysage culturel lyonnais, sans renoncer à ses objectifs de départ : être un espace de risque et d'utopie. Les espaces rénovés sont conçus comme " des lieux où se met en œuvre un autre rapport à l'économie de la production… un lieu attentif aux émergences artistiques… dans la perspective d'une politique ouverte aux cultures du monde ". Vaste programme sur lequel Klaus Hersche, le directeur, et Nancy Tarrius, la secrétaire générale, sont à pied-d'œuvre.


LE THÉÂTRE DES ASPHODÈLES > DE L'AMOUR DE LA LANGUE FRANÇAISE À LA COMMEDIA DELL'ARTE - FRANNÇOISE KAYSER

Samedi 23 mars 2002, avenue Félix-Faure, dans le troisième arrondissement de Lyon, juste avant la voie ferrée… l'avenue bordée de grands arbres s'organise entre les anciennes maisons de maître d'un côté de la rue, et les ateliers industriels de l'autre côté. Ceux-ci ont connu depuis le XIXe siècle plusieurs vies industrieuses. L'atelier dans lequel nous entrons était dédié à la construction automobile. Aujourd'hui, il a totalement changé de vocation, depuis que le Théâtre des Asphodèles a repris (en location) le lieu. En cette journée printanière, l'activité déployée sous les mille mètres carrés de charpente métallique est effervescente et transdisciplinaire. Divers participants de la " Semaine de la langue française et de la francophonie " se retrouvent ici pour fêter la langue française dans tous ses états. La manifestation tient lieu à la fois du rassemblement d'énergies et de la démonstration de tout ce qu'on peut faire avec une langue : la nôtre. Le fantôme de Victor Hugo erre d'un espace à l'autre, très certainement ravi d'entendre l'inventivité à l'œuvre sur la base de dix mots extraits de ses textes. Sous la férule de deux Thierry - Auzer, l'atypique directeur du Théâtre des Asphodèles, féru de rock et de commedia dell'arte, et Renard, " agitateur " en poésie et éditeur -, écoliers, participant(e)s aux ateliers d'écriture venu(e)s de Lyon ou de toute la région, animateurs et auteurs s'expriment et échangent idées, textes, adresses.


LA COMPAGNIE DES TROIS-HUIT > D'UNE FRICHE AU 101 - FRANÇOISE KAYSER

" Ça commence souvent comme ça : on met un bloc de pierre et on commence à construire, en sachant ce qu'on veut faire, mais suivant le coup de marteau qui est donné, le projet évolue ". C'est sur cette référence à Jean-Luc Godard que s'ouvre le projet de présentation de la compagnie des Trois-Huit à l'Espace 101 : une ancienne MJC du quartier des Etats-Unis, au 101 du boulevard des Etats-Unis, dans le huitième arrondissement de Lyon, rebaptisée et entièrement réaménagée. La citation de Godard est révélatrice de la façon dont les Trois-Huit taillent dans le " bloc de pierre " de leur projet artistique. En frappant un coup ici, la compagnie s'est d'abord développée en collectif ; un coup là, et elle s'ancre durant plusieurs années à Villeurbanne, dans une ancienne usine transformée en lieu de travail, avec bureaux, salles de répétition et ateliers de construction de décors autogérés. Un autre " coup de marteau " décisif va être donné en cette fin d'année 2002 avec l'installation de la compagnie à l'Espace 101. La compagnie abandonne la friche villeurbannaise pour un lieu modulable, mis à disposition par la Ville de Lyon et repensé en fonction des nécessités artistiques et des besoins culturels de la métropole, à l'échelle d'un arrondissement. Dans le cadre d'une convention triennale avec les partenaires (DRAC, Région Rhône-Alpes, Ville de Lyon), la Compagnie des Trois-Huit assure ainsi la continuité des actions de création et de formation (scolaires, jeunes adultes en compagnonnage).


VERCELLETTO & CIE > CHANTIERS EN VUE DANS LE SEPTIÈME - FRANÇOISE KAYSER

Pour commencer par le commencement, avec un homme de théâtre comme Laurent Vercelletto, il faut tenir le fil d'une carrière ébauchée à la célèbre école de la rue Blanche (Paris, promotion 1972), puis prenant forme sous le signe d'une compagnie hors normes, " l'Attroupement ", qui durant une bonne quinzaine d'années, a irrigué les scènes lyonnaises (et au-delà) de spectacles toniques comme une bouffée d'air pur. Déjà se manifestait régulièrement le désir de sortir du cadre institutionnel et de créer non seulement des spectacles, mais aussi des moments festifs qui participent d'un rapport nouveau avec le public. Pour Laurent Vercelletto, cette manière de faire - qui est aussi une façon d'être - a perduré. A cinquante ans, ce metteur en scène et acteur vient d'entamer un nouveau virage dans sa carrière, virage qui - pour être périlleux d'un point de vue institutionnel - n'en est pas moins passionnant et nécessaire pour le créateur. Installé pour trois ans dans le septième arrondissement de Lyon, Laurent Vercelletto commence à mettre en actes la proposition qu'il a faite à " La Scène-sur-Saône ", une école d'acteurs (à statut privé) basée sur deux lieux : l'un au bord de la Saône comme l'indique le nom de l'école, l'autre dans le quartier de Gerland. Sous la forme d'échanges négociés, Laurent Vercelletto et Magali Bonat, artiste associée à la Compagnie, ont toute latitude pour répéter dans l'ancien entrepôt loué par l'école à Gerland, et rebaptisé " La Scène-Gerland ". En contrepartie, ils interviennent régulièrement à l'école, et font participer les élèves chaque fois que cela est possible à leurs créations. Il s'agit de " les emmener au feu du public ", comme les pompiers vont au feu de l'action… Le projet artistique de Vercelletto et Compagnie s'est longtemps appuyé -durant cinq ans - sur un fonctionnement de théâtre " sans murs ". Le désir légitime des artistes de s'ancrer dans un " quelque part " qui leur corresponde s'articule aujourd'hui avec l'idée de jouer dans ce lieu en devenir qu'est la Scène-Gerland, et aussi, " de jouer à partir de ce lieu ", explique Laurent Vercelletto. " Tout ici est ouvert aux possibles ", poursuit-il. " Le quartier est en pleine restructuration, et le lieu lui-même l'est aussi ". En effet, l'école vient de réaliser des travaux de rénovation importants, afin que l'ex-entrepôt ne reste pas l'endroit sans confort et sans chauffage qu'il était au départ.